Lundi 4 janvier 2010
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(Billet posté initialement le 28 juin 2009)
"(...)
Si le développement durable ne suscite le plus souvent auprès du public qu'un intérêt un peu craintif,
c'est qu'il est encore le plus souvent associé à un sacrifice financier et à une restriction de confort ou de mobilité. C'est cette tendance qu'il faudrait inverser, car personne n'est prêt, même
au risque de détruire la planète, à régresser dans son niveau de vie.
Nos petits-enfants termineront sans doute leur vie sans pétrole, mais je pense que l'être humain est en général d'avantage motivé par son intérêt personnel à court terme que par une compassion à
long terme pour ses semblables ou son environnement. Puisqu'on ne peut pas changer le caractère de l'être humain, essayons de
composer avec son fonctionnement.
Essayons de rendre attractif le développement durable en général et les énergies renouvelables en particulier. Prouvons qu'il s'agit-là d'un nouveau et formidable marché avec de multiples
débouchés économiques pour ceux qui auront su y investir à temps.
Montrons les intérêts scientifiques, favorisons l'esprit de pionnier, valorisons une nouvelle mode, dans le sens positif du terme, qui permettra aux utilisateurs d'énergies renouvelables d'être
considérés avec admiration. N'essayons pas de forcer la population à entrer malgré elle dans le chemin tracé par Rio, Kyoto ou Bonn, mais mettons en avant ceux qui inventent ou utilisent de
nouvelles technologies respectueuses de l'environnement. Il pourrait ainsi devenir rapidement démodé, même mal vu, de consommer trop d'essence, de chauffer ou refroidir inutilement des lieux
privés ou publiques, de consommer des produits non recyclables (...)
Trop souvent, lorsqu'elle entend parler d'écologie, la société réagit avec réticence en pensant que l'on menace son confort. Il est clair que les problèmes environnementaux ne seront pas résolus
par un retour en arrière des acquis, mais par une évolution des mentalités et une révolution des technologies.
Les connaissances actuelles permettent d'associer qualité de vie, développement et environnement. La solution aux problèmes écologiques devra donc passer par la recherche scientifique,
l'information et le dialogue.
Il a manqué jusqu'à maintenant aux énergies renouvelables, souvent prisonnières de partis politiques minoritaires, une véritable politique de promotion, de marketing. C'est dans cet esprit que j'ai lancé avec l'équipe de Solar Impulse et en collaboration avec l'Ecole Polytechnique Fédarale de Lausanne, le
projet de tour du monde en avion solaire (...)
Le public est prêt à s'enthousiasmer pour de grandes aventures, à s'associer aux rêves des pionniers et explorateurs. Solar Impulse désire mobiliser cet enthousiasme en faveur des technologies
qui rendront possible le développement durable, créer des émotions positives autour des énergies renouvelables. "
- Source : UJJEF
Un seul mot pour résumer cette approche à mon sens d'une très grande lucidité de Bertrand Piccard (qui a étudié en profondeur la nature humaine) : pragmatisme.
Cela fait des siècles et des siècles que les religieux essayent de changer l'homme, sans y parvenir. Soyons réalistes : la nature de l'homme ne changera pas. Mieux vaut partir de cette réalité
quand on s'intéresse à notre avenir collectif.
Et ce n'est certainement pas en adoptant la stratégie de la peur (stratégie du catastrophisme éclairé : présenter la catastrophe comme certaine aux gens afin que les gens
réagissent et que finalement la catastrophe n'ait pas lieu) que l'on fera changer les choses. Au contraire, cette stratégie conduit à donner aux gens un sentiment d'impuissance face aux défis à
surmonter. Ils sont alors comme "le lapin face au boa". C'est contre-productif. Comme le souligne Patrick Viveret, l'énergie du désir et de l'espoir est d'une
magnitude bien plus supérieure à l'énergie de la peur. Si et seulement si l'espoir est fondé sur des données techno-scientifiques et économiques solides. Economistes, scientifiques et
ingénieurs ont un rôle fondamental à jouer pour porter ce message dynamisant. Il ne s'agit pas, bien entendu, d'ignorer la réalité des impacts actuels des activités humaines sur la nature.
Mais, à chaque fois que l'on présente lucidement un problème (conséquences de l'émission des gaz à effet de serre anthropiques sur le climat, impact des agrocarburants sur la ressource en
eau douce ou sur la biodiversité, etc.), de présenter aussi les solutions, plutôt que de faire son nid dans le malheur, dans le sinistre, ou pire, dans la dénonciation et la
culpabilisation directe ou latente. Car la bonne nouvelle est qu'elles existent ces solutions, ici et maintenant, et que leur mise en oeuvre est génératrice d'emploi et de prospérité. Elles
ont donc un intérêt social majeur.
"Il a manqué jusqu'à maintenant aux énergies renouvelables, souvent prisonnières de partis politiques minoritaires, une véritable politique de promotion, de
marketing. "
Plusieurs personnes, que je remercie pour les mails qu'elles m'envoient [ :) ], me disent apprécier ma réflexion sur les énergies renouvelables et mon travail de recherche
des innovations sur ObjectifTerre mais me reprochent d'avoir une approche marketing des thématiques énergétiques et environnementales (avec de belles photos, de belles
citations, de belles vidéos etc.). Ce coté marketing est volontaire : je fais du marketing de mes idées en faveur de l'Electron Economy, de la Clean Energy
Economy, d'une économie basée sur les énergies renouvelables, l'efficacité énergétique et le recyclage. Il ne s'agit pas, à mon sens, d'un marketing fondé sur du vide, mais de
l'emballage, conçu pour être attractif, d'un paquet au contenu réel.
L'objectif est de stimuler le désir, l'espoir et de favoriser la réflexion (sans désir il n'y a pas d'envie de réfléchir). J'avais auparavant un autre blog, Planète Bleue (blog que j'ai
supprimé car je ne suis plus du tout en phase avec son approche), qui faisait écho des misères que l'homme fait à la nature, un catalogue des impacts négatifs de l'homme sur l'environnement. Je
me suis rendu compte que cette approche était stérile, qu'elle ne faisait qu'encourager le pessimisme, la résignation, et l'inaction.
En tant qu'enseignant, mon approche est la suivante : il n'y a pas de "bons" ou de "mauvais" élèves. Il y a des élèves motivés et des élèves qui ne le sont pas. Tout l'art de l'enseignant
est à mon sens de susciter la motivation, le désir d'apprendre, la ferveur de la liberté d'entreprendre, l'envie de devenir autonome et responsable, de faire prendre conscience à
l'élève qu'il porte en lui un potentiel constructeur immense qui ne demande qu'à être révèlé. Il y a des élèves qui sont non seulement sensibles au prof en tant qu'être humain (il faut alors
savoir jongler pour garder une distance indispensable tout en restant "sympa"), mais qui apportent aussi énormément d'importance à l'emballage des contenus pédagogiques. Ainsi, l'étude de tel ou
tel sujet à partir d'un document vidéo ou à partir d'un séquence multimédia suscitera l'intérêt de ces élèves, précisément parceque l'aspect multimédia leur donne de l'enthousiasme. C'est un
outil déclencheur. De même, la main à la pâte, l'expérimention (expériences très simples) réveillera la dynamique créatrice d'autres élèves, alors qu'ils sont totalement
effacés face à un texte brut extrait de leur livre de classe. Il ne s'agit pas de manipuler les élèves, mais de stimuler
leur énergie créatrice.
ObjectifTerre, blog qualifié dans une émission de France-Inter d'"euphorisant" est un outil pédagogique. Une pédagogie par la motivation, la stimulation du
désir et l'envie de créer. Enfin, telle est mon intention. J'essaye de susciter cela.
- Olivier
NB - ++++
Organisée par Natures & Découvertes, la troisième édition l'Université de la Terre s'est déroulée les 18 et 19 octobre 2008 à l'Unesco à Paris sur le thème « Réinventer le progrès». Bertrand Piccard a participé au débat, à la suite de Jean-Louis Borloo, sur le thème : quels sont les grands défis de
demain ?
Ecouter Bertrand Piccard sur RadioEthic
(son intervention est vraiment d'excellente qualité. La réflexion est vraiment très profonde).
Vidéos du débat : http://217.174.200.84/universitedelaterre_2008
Invervention de Bertrand Picard :
http://217.174.200.84/universitedelaterre_2008/conf01.html
"Il ne s'agit pas de convaincre (dès qu'on veut convaincre on est dans un conflit) mais de
motiver".
En effet, chercher à convaincre en présentant un catalogue d'impact négatif de l'homme sur la nature n'incite absolument pas
au changement. De même que chercher à convaincre en rappelant que le potentiel des énergies renouvelables est énorme n'incite pas au changement. Les gens changent quand le
changement les motive, quant ils comprennent ce qu'ils ont a gagner personnellement et immédiatement de ce changement (sur le plan financier, sur le plan de
l'autonomie, sur le plan de l'image, sur le plan de la performance etc.), quand ils ont envie de s'impliquer dans sa réalisation.
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