Mardi 13 octobre 2009
2
13
/10
/2009
16:15
Billet publié initialement le 6 août 2009
EDF, après avoir estimé à 4,6 eurocents le coût du kWh des nouvelles centrales nucléaires, estime aujourd'hui qu'il coûte 5,5 eurocents.
Mais quel est l'avis des experts de la question ?
Pour le Keystone Center, le coût du kWh des nouvelles centrales nucléaires est compris entre 8,3 et 11,1 cents, soit entre 5,7 et 7,65 eurocents :
" Estimations des coûts de l’électricité nucléaire pour de nouvelles centrales aux États-Unis" :
|
Type de coûts
|
Hypothèse basse
|
Hypothèse haute
|
|
Coûts du capital
|
4.6
|
6.2
|
|
Combustibles
|
1.3
|
1.7
|
|
Frais fixes d’exploitation et de maintenance
|
1.9
|
2.7
|
|
Frais variables d’exploitation et de maintenance
|
0.5
|
0.5
|
|
Total (en cents/kWh actualisés)
|
8.3
|
11.1
|
Source : Keystone Center
" (...) En réalité, les choses s’avèrent même plus problématiques. La seule centrale nucléaire actuellement en cours de construction dans un pays occidental et
dont les travaux sont bien avancés est un réacteur européen à eau pressurisée (EPR). Il s’agit de l’EPR finlandais construit par AREVA, la société française de fabrication de réacteurs et de
retraitement. Au départ, le coût du réacteur, dont la puissance nominale est de 1 600 mégawatts, était estimé à 3 milliards d’euros. Aujourd’hui il atteint 4,5 milliards d’euros. Au taux de
change actuel, cette somme correspond à environ 4 000 $ par kW, c’est-à-dire dans le haut de la fourchette des estimations de coûts d’investissements du rapport du Keystone Center. En outre, le
réacteur n’est pas encore terminé. Jusqu’ici, il affiche un retard de deux ans (...)" - Source : Institute for Energy and
Environmental Research
Pour le MIT, le coût du kWh des nouvelles centrales nucléaires est de 8,4 cents soit 5,8 eurocents - http://web.mit.edu/nuclearpower/
Pour la
banque d'affaire Lazard, le coût du kWh des nouvelles centrales nucléaires est compris entre 10,7 et 13,8 US cents, soit entre 7,3 et 9,5 eurocents (Levelized electricity
cost). L'étude Lazard est disponible ici.
Pour l'Institute for Energy Research (basé à Washington et à Houston), le coût du kWh des nouvelles centrales nucléaires est de
11 cents.
Pour Severance (expert dans les coûts des centrales électriques), le coût du kWh nucléaire va atteindre les 25 à 30 cents, soit entre 17,2 et 20,7 eurocents.
L'étude Business Risks and Costs of New Nuclear Power, accessible depuis cette page.
"Lester Brown s'appuie sur une étude d'Amory B. Lovins qui indique que le prix de l'électricité produite à partir d'une centrale nucléaire s'établit autour de 14
¢US (11 ct€) du kilowattheure alors que l'électricité produite avec une éolienne coute 7 ¢US (5,4 ct€). Cette estimation tient compte du prix de l'uranium, de l'investissement
initial, du cout de fonctionnement, de l'entretien, du transport et de la distribution d'électricité. Cette étude n'intègre pas les coûts de l'élimination des déchets radioactifs, des assurances
qui devraient couvrir les risques d'accident nucléaire et du démantèlement des centrales nucléaires !! L'analyse de Earth Policy Institute présidé par Lester R. Brown, qui s'intitule The Flawed Economics of
Nuclear Power. L'étude de Amory B. Lovins publiée par Rock Mountain
Institute." - Source
Il est beaucoup moins risqué d'investir dans les énergies vraiment renouvelables (éolien : 5 à 7 centimes d'euro par kWh; assisté de stations de
pompage-turbinage : + 1 à 2 eurocents par kWh). Miser sur le nucléaire pourrait s'avèrer vraiment ruineux.
D'autres études sont disponibles depuis cette page :
http://www.mng.org.uk/gh/nn.htm
Jusqu'à présent je pensais que le nucléaire était bon marché mais je me suis trompé (je ne m'étais jamais renseigné en
profondeur, à vrai dire). Il est d'ailleurs absurde de miser sur une technologie dont le combustible va s'épuiser en même temps que le
pétrole. La surgénération (technologie qui n'est d'ailleurs pas parfaitement au point) permet d'envisager 200 ans de production au rythme de production actuel. Mais si la
parc nucléaire mondial augmente, s'il est par exemple multiplié par 4, alors on tombe à 50 ans de production...Le nucléaire, filière très polluante (et dont les déchets sont actifs très
longtemps) et non durable, constitue clairement une impasse.
- Olivier
Amory Lovins, Rocky Mountain Institute :
« L’énergie nucléaire s’est révélée beaucoup plus coûteuse que prévue ; bien plus coûteuse en réalité que tous les autres modes de production d’électricité. Les gouvernements feraient
mieux de respecter la loi du marché au lieu d’avantager cette technologie aux frais du contribuable. »
Théodore Monod :
« Il est criminel de développer une technologie qu’on ne maîtrise pas, surtout quand elle engage les générations à venir. »
Albert Jacquard :
"Des déchets nucléaires qu'on veut enfouir pour un million d'années comme on glisse la poussière sous le tapis"
* durée au bout de laquelle les déchets nucléaires perdent la moitié de leur radioactivité
Source du graphique : Réseau Sortir du Nucléaire
Lire aussi :
Réglementer le kWh nucléaire, une monstruosité économique - La seule justification du maintien des tarifs réglementés
est celle de la défense d'un dogme : garantir l'acceptabilité sociale de la production d'électricité par le nucléaire par un bénéfice consommateurs. Pourtant, il existe d'autres solutions pour
partager la rente nucléaire, estime François Lévêque, professeur d'économie à Mines ParisTech -
" La commission présidée par Paul Champsaur se prononce en faveur du maintien des tarifs réglementés de l'électricité pour les ménages et propose, afin de développer la concurrence, que l'Etat
fixe également le prix du kWh à la sortie des réacteurs d'EDF. Or, les tarifs réglementés de l'électricité pour les ménages ou les entreprises font obstacle au développement de la
concurrence en France. Leur niveau, inférieur au prix du marché libre, freine l'arrivée de nouveaux entrants et entrave leur montée en puissance. De plus, les tarifs réglementés, étant bas et constants, n'incitent pas les consommateurs à réduire leur consommation. Des prix plus élevés, et reflétant mieux les
fluctuations journalières ou saisonnières de l'offre et de la demande, encourageraient des comportements plus favorables à l'environnement. Par ailleurs, les tarifs réglementés
découragent les investissements au détriment des générations futures. Enfin, les tarifs de l'électricité, d'une complexité de mise en œuvre toute française, sont dans le collimateur de
la Commission européenne. Pourquoi alors ne pas les supprimer ? A cause d'un dogme. Pour garantir en effet l'acceptabilité sociale de la production d'électricité d'origine nucléaire, il serait
nécessaire d'en faire bénéficier les consommateurs. Cette idée très discutable est reprise par la commission Champsaur sans aucun examen. Admettons que l'acceptabilité sociale
puisse se monnayer. Après tout, il est vraisemblable que nos concitoyens seraient moins nombreux à se déclarer en faveur de l'atome civil s'ils n'en percevaient pas un gain financier. Est-il pour
autant indispensable que ce gain soit empoché par le consommateur au prorata de sa consommation ? (...)
http://www.latribune.fr/opinions/20090430trib000372225/reglementer-le-kwh-nucleaire-une-monstruosite-economique.html
Derniers Commentaires