Vendredi 7 août 2009
5
07
/08
/2009
19:30
DESERTEC - L'Algérie pose ses conditions - Le projet
pharaonique Desertec, qui prévoit des installations solaires thermiques réparties sur plusieurs milliers de kilomètres carrés, en plein désert nord africain, d'un coût estimé à 400 milliards
d'euros, n'a jamais été présenté aux autorités algériennes concernées. C'est du moins ce qu'a indiqué, hier, à Alger, M. Chakib Khelil, ministre de I'Energie et des Mines (...) " Je n'ai aucune idée sur ce projet et je ne peux faire aucune réflexion. Ce projet n'a jamais été présenté au ministère ni aux entités
concernées. Donc nous n'avons pas d'opinion sur ce projet ", a déclaré le ministre (...) " s'il s'agit uniquement d'implanter des
panneaux sur notre sol et exporter de l'énergie solaire vers leurs pays, nous ne sommes pas intéressés " (...)
http://news.fibladi.com/algerie-energie/?ida=35170
Chakib Khelil : "Nous ne nous voulons pas d'entreprises étrangères qui exploitent le solaire à partir de chez nous» - TSA-Algerie.com
Chakib Khelil : "Ce que je sais est que 400 milliards d'Euros c'est énorme, ni l'Algérie ni d'autre pays émergeants ont ces capacités financières" -
Tout-Sur-L'Algérie.com
Chakib Khelil : "Même si les initiateurs du projet devaient nous solliciter, notre participation ne sera pas sans conditions, car nous ne pouvons pas
laisser ces sociétés exploiter notre sol sans contreparties."
- MedafCo.org - BruxellesAlgerie.com - Senego.com
Lors de la réunion DESERTEC de Munich le 13 juillet 2009, les responsables de l'Union africaine n'ont même pas été invités...Comme si c'était aux entreprises
allemandes (qui elles ont été conviées...) de décider de l'avenir de l'Afrique !
Stephan Kohler (photo ci-dessus), directeur de l’agence allemande de l’énergie (Dena) :
« La construction de centrales solaires en Afrique du Nord est judicieuse. Le transport de l’électricité sur 3 500 km
vers l’Allemagne l’est beaucoup moins. On a besoin de cette énergie sur place »
- Source : L'OPA sur le soleil du Sahara en question, JeuneAfrique.com, 29 juillet 2009
(merci à Maïga pour l'info)
Inutile de préciser que je suis entièrement d'accord avec Stephan Kohler :)
Michael Straub, salarié de la fondation DESERTEC, dans la presse allemande : « Il eût été plus facile de transposer le concept en Chine, en Inde
ou en Australie. Nous avons choisi la région Mena (Afrique et Moyen-Orient) pour l’aspect gagnant-gagnant du projet, notamment comme vecteur
d’éducation et d’industrialisation »
Après l'avalanche des critiques (parfaitement fondées) des environnementalistes allemands (mais aussi du père des lois allemandes sur les énergies renouvelables ainsi que du directeur de l’agence
allemande de l’énergie, etc.) suite à la réunion de Munich, Michael ne sait vraiment plus quoi inventer pour sauver l'image du navire ! L'Afrique du nord a été
choisi car c'est la région avec une insolation directe très élevée la plus proche de l'Allemagne et aussi parceque la main d'oeuvre y est bon marché. Il s'agit d'un projet profondément
germano-centré, un ami avocat américain a d'ailleurs quitté le réseau DESERTEC il y a quelques mois en conseillant de sortir du germano-centrisme. Quand j'ai annoncé à Michael le plan Energizing Africa
de Jean-Louis Borloo, il a d'abord mal compris (problème de compréhention du français) et il a cru qu'il s'agissait d'une idée de financement pour accélèrer le pompage de l'électricité
solaire africaine vers l'Europe (plan DESERTEC dans sa forme actuelle) et il a envoyé une copie de mon mail aux membres de la branche allemande du Club de Rome. Ensuite (le
lendemain), quand il a compris qu'il s'agissait d'un plan visant à l'autonomie énergétique de l'Afrique, il m'a immédiatement répondu pour me demander, désespéré : "Et
rien au niveau centrales thermosolaires ? Et rien au sujet du transfert de l'électricité thermosolaire africaine vers l'Europe ?". J'ai encore les mails dans ma boite Gmail.
Derrière des apparences de générosité/solidarité (je suis personnellement tombé dans le panneau, aveuglé par la beauté de la technologie thermosolaire), l'objectif principal du plan DESERTEC
vise clairement à offrir à l'Allemagne une alternative au nucléaire (L'allemagne refuse le nucléaire mais souhaite aussi sortir des centrales au charbon qui nuisent à
son image de champion de l'écologie). Depuis mi-2007, j'échange presque quotidiennement avec les membres de DESERTEC : l'objectif anti-nucléaire est très clair et c'est d'ailleurs bien
pour cela que GreenPeace-Allemagne soutient ce projet, malgré le fait qu'il constitue clairement un projet néo-colonialiste dans sa forme actuelle.
Il n'y a aucun problème avec cela, chacun est libre d'être anti-nucléaire, mais pourquoi ne pas le dire clairement au lieu de faire croire que DESERTEC a été conçu pour aider l'Afrique ? Si
tel était le cas, la fondation DESERTEC n'aurait pas pris le risque de couper l'Union africaine en deux (Afrique arabe / Afrique noire) et aurait comme priorité de venir en aide aux
populations les plus pauvres, notamment en zone sub-sahélienne. Et elle ne miserait pas sur les énergies renouvelables les plus coûteuses (thermosolaire) mais d'une part sur
les ressources renouvelables bon marché disponibles de manière abondante en Afrique (hydro + éolien), et d'autre part sur les technologies permettant une production locale pour les villages
isolés : photovoltaïque, microéolien, biogaz etc.
Pourquoi ne pas dire clairement que DESERTEC Industrial Initiative est un projet anti-nucléaire et visant à stimuler l'industrie allemande de fabrication des miroirs, de tubes
collecteurs pour centrales thermosolaires et de câbles électriques ? Il n'y a pas de honte à cela. Ce qui est à mon avis honteux, c'est, pour mieux faire passer la pilule, de faire
croire que le projet vise à aider l'Afrique. Le pompon est atteint quand on vient dire "et les centrales produiront aussi de l'eau douce pour les populations locales". La réalité est que
les centrales thermosolaires consomment beaucoup d'eau douce et qu'effectivement, pomper l'eau douce saharienne ( une denrée rare en zone désertique dont les populations locales ont
cruellement besoin) pour alimenter en électricité verte les citoyens allemands a quelque chose d'assez gènant sur le plan éthique.
DESERTEC n'a de sens que si les centrales thermosolaires construite en Afrique du nord alimentent Le Caire, Alexandrie, Alger, Tunis ou Rabbat. Ne répètons pas les raisonnements du passé.
Il y a un an et demi, ayant détecté que Nitin Phansalkar (un ingénieur indien) s'intéressait à l'énergie solaire, après quelques échanges je l'ai mis en contact avec Gerry Wolff
(fondateur de la branche DESERTEC-Grande-Bretagne) et Nitin a ensuite créé la branche indienne de DESERTEC. DESERTEC-India est un projet qui a à mon avis vraiment du sens étant donné
qu'il a le potentiel pour permettre l'autonomie énergétique de l'Inde.
De même, DESERTEC-Afrique n'a de sens (après consultation des populations touaregs qui vivent dans le désert) que s'il permet de contribuer à l'autonomie énergétique de l'Union africaine.
Et si on arrive à la conclusion que l'énergie thermosolaire coûte trop cher pour l'Afrique (plus de 16 €c/kWh), cela veut dire que ce n'est pas sur le thermosolaire qu'il faut miser dans un
premier temps en Afrique, mais sur des énergies renouvelables meilleur marché...Comme par exemple le couple hydro-éolien (respectivement
1 €c/kWh et 6 €c/kWh).
- Olivier
Lire aussi :
Energie - " La priorité est d’abord de rendre les pays africains plus autonomes"
http://www.electron-economy.org/article-33933470.html
Commentaires