L'inspection générale des finances (IGF) a publié en mai 2009 un rapport portant sur le plan solaire méditerrannéen initié par Henri Guaino / Nicolas Sarkozy.
Voici les données sur lesquelles se base le rapport, tableau 4 page 8 :
Coût d'investissement :
- Photovoltaïque (PV) : 4 €/W
- Thermosolaire (CSP) : 3,5 € /W
- Eolien : 1,3 €/W
Facteur de capacité (le facteur de capacité désigne le rapport sur une période entre la production effective et la
capacité maximale de production dépendant de la puissance nominale installée sur cette même période):
- Photovoltaïque (PV) : 22%
- Thermosolaire (CSP) : 33% € /W
- Eolien : 30% €/W
Coût du kWh :
- Photovoltaïque (PV) : 25 €c
- Thermosolaire (CSP), avec l'insolation directe du Sahara : 16 €c
- Eolien : 7.5 €c
On observe que :
- le kWh éolien est 3,33 fois moins cher que
le kWh photovoltaïque
- le kWh éolien est 2,13 fois moins cher que le kWh thermosolaire
Compte-tenu :
1 - de l'importance de la ressource éolienne en Afrique du nord (au Maroc, en Algérie, en Lybie etc.),
2 - que l'éolien constitue, comme démontré par le département énergie et atmosphère de l'université de Stanford dans une étude muticritères, l'énergie renouvelable qui a le meilleur bilan environnemental, hydrique
et sanitaire de toutes les énergies disponibles,
3 - et compte-tenu du fait que les pays africains n'ont pas les moyens de se payer, juste pour le fun, des technologies renouvelables certes exotiques mais très chères,
la conclusion logique est que c'est l'éolien qu'il faut développer en Afrique, associé au système carboné déjà en place, puis dans un second temps au pompage/turbinage à eau de mer ou à eau douce.
Photo : Potentiel éolien : on observe que le potentiel africain est très important, notamment au Maroc, en Mauritanie, en Algérie, en Tunisie, au Tchad, au
Soudan, en Egypte, en Ethiopie, en Somalie, en Afrique du sur, en Namibie etc.
L'IGF arrive à la conclusion que si l'accent est mis sur le solaire, les pays d'Afrique du nord n'auront pas d'autre choix que d'exporter une partie de leur production vers l'Europe car sinon le
coût du kWh ne sera pas supportable pour eux ! L'IGF a pris comme point de départ la volonté de Sarkozy de miser sur le solaire et de mettre de coté l'éolien, volonté qui n'a ni fondement
technoscientifique, ni fondement économique, mais uniquement un fondement politique*.
Pourquoi vouloir mettre l'accent sur les énergies renouvelables qui coûtent cher (solaire), comme le fait aujourd'hui Sarkozy, plutôt que de miser sur les énergies renouvelables
(éolien) qui sont dès aujourd'hui bon marché et compétitives ? Vraissemblablement (il y a fort à parier) pour entretenir l'idée que nous avons absolument besoin du nucléaire (ce
qui est faux) en faisant croire que les énergies renouvelables coûtent trop cher.
En France, l'éolien est perçu par une partie des dirigeants comme une menace pour l'industrie nucléaire nationale. En misant à fond sur le solaire, les citoyens arriveront à la conclusion :
"les renouvelables, ça coûte super cher !". Si on misait à fond sur l'éolien, ils arriveraient à la conclusion hyper-gènante pour l'industrie nucléaire : "Les
renouvelables, ça coûte la même chose que le nucléaire, mais cela ne produit pas de déchets radioactifs !" (nucléaire dont l'acceptation sociale est uniquement basée sur le coût de
son kWh d'où des stratégies de triche avec les tarifs réglementés pour faire croire que le nucléaire est bon marché).
En misant à fond sur le solaire, c'est tout bénef pour la stratégie politique de Sarkozy :
1 - le solaire est bien perçu par l'opinion publique (solaire = image inconsciente de plage, de vacances, de bronzage). Le solaire fait rêver.
2 - l'Allemagne accepte le plan UpM
3 - Sarkozy donne une image de politique actif pour les renouvelables (dans le contexte d'écologisation de l'électorat, c'est utile politiquement)
4 - C'est le meilleur moyen de limiter le développement de solutions décarbonées vraiment renouvelables et bon marché : mettre en place 1 GW de solaire, c'est éviter
que 3GW d'éolien soient mis en place pour le même coût d'investissement. Et sachant que le kWh CSP ne sera pas rentable avant 2025 - 2030, la prise de risque concernant le nucléaire est
faible. Et hop, je te vend à la Lybie, à l'Algérie et au Maroc des centrales nucléaires...
5 - cela permet de faire durer le mythe (statégie
délibérée d'intox pour protèger une industrie nationale) : "le nucléaire est indispensable, il coûte bien moins cher que les renouvelables".

En France, la même logique est mise en oeuvre : le solaire photovoltaïque est hyper-subventionné (55 €c/kWh pour le PV intégrè au bati !), tandisque l'éolien ne l'est presque pas
(rachat du kWh éolien à seulement 8€c). A ce tarif là, même Total se met à investir dans le photovoltaïque ! (c'est d'ailleurs pas mal du tout que Total mette un
millionième de son fric dans le PV plutôt que dans le pétrole mais cela ne change rien au problème mentionné). Aussi paradoxal que cela puisse paraître, l'accent mis sur le solaire a
pour objectif de freiner le développement des énergies renouvelables bon marché. L'éolien est la seule vrai menace actuelle pour le nucléaire. Il s'agit donc d'une stratégie de protection de
l'industrie nucléaire française.
François Lévêque, professeur d'économie à Mines ParisTech :
"(...) les tarifs réglementés de l'électricité pour les ménages ou les entreprises font obstacle au développement de la concurrence en France. Leur niveau, inférieur
au prix du marché libre, freine l'arrivée de nouveaux entrants et entrave leur montée en puissance. De plus, les tarifs réglementés, étant bas et constants,
n'incitent pas les consommateurs à réduire leur consommation. Des prix plus élevés, et reflétant mieux les fluctuations journalières ou saisonnières de l'offre et de la demande, encourageraient
des comportements plus favorables à l'environnement. Par ailleurs, les tarifs réglementés découragent les investissements au détriment des générations futures. Enfin, les tarifs de l'électricité,
d'une complexité de mise en œuvre toute française, sont dans le collimateur de la Commission européenne. Pourquoi alors ne pas les supprimer ? A cause
d'un dogme. Pour garantir en effet l'acceptabilité sociale de la production d'électricité d'origine
nucléaire, il serait nécessaire d'en faire bénéficier les consommateurs (..)" - Suite :
http://www.electron-economy.org/article-34620931-6.html
Soutenir les énergies renouvelables qui coûtent cher, au lieu de soutenir celles qui ne coûtent pas cher, s'inscrit parfaitement dans cette doctrine.
En France, reconnaitre la formule gagnante hydro-éolien c'est également mettre un éclairage sur le fait que le nucléaire a besoin de l'hydro pour s'adapter aux variations de la
consommation électrique...Si les capacités hydro françaises utilisées aujourd'hui par le nucléaire étaient mise au service de l'éolien, c'est un énorme boom de l'éolien qui serait alors
possible. On comprend que les protecteurs de l'industrie nucléaire nationale voient d'un très mauvais oeil l'émergence de l'éolien en Europe et font tout pour salir cette énergie
renouvelable y compris en orchestrant des campagnes de désinformation du grand public. L'actuel président d'X-Environnement (association environnement des anciens élèves de
Polytechnique) s'est donné comme mission de discréditer l'éolien et de promouvoir le nucléaire. Il est incroyable d'entendre Jean-Marc Jancovici annoncer aux français dans les
journaux et à la TV que la fin du monde approche (climat, pétrole) et quelques minutes plus tard parler de l'impact paysager de l'éolien. C'est clairement se moquer du monde. Quand
on croit vraiment être à l'aube de la fin du monde, s'intéresse-t-on vraiment à l'impact paysager d'une éolienne installée à quelques kilomètre de chez soi ? Non. Quand
on croit vraiment être à l'aube de la fin du monde et quand on est cohérent, on est fier d'avoir sur sa commune un parc éolien. Chacun sait que l'intermittence de la ressource
éolienne est complètement règlé par pompage-turbinage, via le V2G/G2V et via l'interconnexion des parcs éoliens (la France bénéficie de trois régimes de vent : Nord, Atlantique,
Méditerranée).
Concernant l'Afrique, la stratégie du "on développe un peu de tout, on expérimente pour voir" n'est pas la bonne. Il est urgent d'agir (réchauffement climatique, accès à
l'électricité etc.) et dans ce contexte d'urgence, il convient d'adopter la stratégie du picking winners, c'est à dire de sélectionner les formules les plus pertinentes.
Aujourd'hui, c'est le couple hydro-éolien le plus pertinent (voir ici : http://inga-we-can.over-blog.org ).
Option 1 (scénario Eolien++ de l'IGF) : en misant principalement sur l'éolien, les pays nord-africains n'auront pas besoin d'exporter vers
l'Europe leur électricité verte pour que les projets soient rentables, et la construction de lignes HVDC traversant la Méditerranée deviendra inutile. Et comme l'indique clairement le
graphique 7 page 11 du rapport de
l'IGF, non seulement l'éolien coûte beaucoup moins cher que le solaire mais il coûte aussi moins cher que l'électricité produite à partir de
combustibles fossiles ! En misant sur l'éolien, les pays d'Afrique du nord, notamment le Maroc, allègeraient leur facture énergétique. Et étant donné que le mix électrique
des pays nord-africains est en grande partie basé sur les énergies fossiles (production modulable), une forte pénétration de l'éolien est possible dès à présent, sans avoir à créer des capacités
de stockage supplémentaires. Le Maroc, qui a un potentiel éolien colossal, a tout intérêt à miser sur l'éolien.
Option 2 (scénario Solaire++ de l'IGF) : en misant principalement sur le solaire (PV ou CSP), l'exportation d'une bonne partie de la
production vers l'Europe sera inévitable (alors que les besoins sont importants en Afrique), ainsi que la construction de lignes HVDC, coûteuses, pour transfèrer l'électricité vers
l'Europe.
Pour l'Europe, importer de l'électricité verte d'Afrique du nord (éolienne ou solaire) est d'ailleurs absurde étant donné que le potentiel en énergie renouvelable sur le sol européen
est très largement suffisant pour répondre à la totalité de la demande électrique européenne.
L'option 2 est très couteuse pour les européens comme pour les africains.
L'option 1 a du sens sur le plan économique et environnemental. Elle conduit à une consommation locale de l'électricité verte africaine.
Rapport IGF, annexe III page 48 :
"L'éolien peut être compétitif sur le marché, tandisque le solaire demande une combinaison d'efforts pour s'en
rapprocher"
Ce qui est profondément gènant avec le plan UpM (Union pour la Méditerrannée), c'est qu'il a été conçu pour contourner les institutions de l'Union européennes ainsi que celles de l'Union
africaine. Lire : Projet "Union pour la Méditerannée" - Petit historique depuis le discours de Toulon du 7 février 2007 - http://www.electron-economy.org/article-32057939.html).
Il ne fait aucun doute que ceux qui ont aujourd'hui comme mission de tenter de le mettre en oeuvre (je pense en particulier à Jean-Louis Borloo) ont de bonnes intentions. Mais on ne
construit pas une maison sur un terrain vaseux. Et si les pilotis sont fragiles, on est assuré de se casser la figure, tôt ou tard.
Dans tous les cas, mettre en avant, comme le font certains, l'argument concernant l'impact paysager de l'éolien est indécent vis à vis des générations futures dans le contexte d'urgence
climatique. Surtout quand cet argument n'est utilisé que pour faire le jeu du nucléaire.
En ce qui concerne la situation en France, si la France subventionnait l'éolien (et l'éolien domestique en particulier) au même niveau que le photovoltaïque, l'éolien deviendrait une
énergie accessible pour la plus grande partie des fançais, le temps de retour sur investissement serait réduit à quelques années. Aujourd'hui, le photovoltaïque, même très subventionné, est
accessible aux budgets les plus aisés, pas aux budgets modérés ou modestes.
Tout ceci ne signifie pas que subventionner le photovoltaïque en France est inutile. Le problème, ce ne sont pas les subventions dont jouit le photovoltaïque, mais le déséquilibre
profondément injuste et délibéré avec le niveau de subvention de l'éolien.
Le photovoltaïque, malgré son coût, a un avantage majeur : la demande en maintenance est réduite et on peut l'installer partout, y compris en Antarctique et il permet de répondre à la prophétie d'Edison : "l'avenir de l'électricité est d'être produite
là où elle est consommée". Les cellules photovoltaïques peuvent être installées sur une montre, un ordinateur, le toit d'une voiture électrique etc. Ce n'est pas le cas du thermosolaire
(CSP) qui est limité aux secteurs où l'insolation solaire directe (Direct Normal Insolation, DNI) est élevée : la France ne bénéficie pas de secteurs avec une
DNI élevée (or moins la DNI est élevée, plus la rentabilité des projets est compromise), à part quelques sommets en montagne (Pyrénées), où sont d'ailleurs installés les centres de recherche
français en la matière. Il est cependant possible de construire des centrales thermosolaires dans le sud de la France sur les toits à grande surface, mais un coût comparable à celui du
photovoltaïque.
A noter que la DNI est encore plus faible en Allemagne qu'en France, d'où le désir de certains allemands (qui rêvent du soleil; et, pour avoir vécu un an en Allemagne, je les comprend
!) d'aller installer leurs centrales thermosolaires en Afrique du nord, quitte à payer des énormes câbles électriques HVDC pour relier l'Afrique du nord à l'Allemagne. Câbles traversant, au
choix :
- via Gibraltar, l'Espagne et la France
- ou alors la Sicile, l'Italie et la Suisse (ou alors l'Autriche).
A noter que les lignes électriques HVDC enterrées coûtent 5 fois plus cher que les lignes aériennes. Pour la viabilité du projet, et à supposer que les financements soient acceptés, il y a
fort à parier que la seconde option serait retenue, ce qui ne se ferait pas sans quelques résistances des habitants des secteurs concernés.
Chaque projet de ligne électrique aérienne de quelques dizaines de kilomètres en Europe est un champ de bataille. 3000 km de ligne, cela promet.
- Olivier
Photo : Les 4 scénarii de l'IGF et conséquence au niveau du coût de production du kWh moyen :
Scénario Solaire ++ : scénario 100% solaire (9GW PV + 11 GW CSP)
Scénario Eolien ++ : scénario 100% éolien (20 GW)
Scénario Solaire + : scénario hybride à dominante solaire (7 GW d'éolien + 5,2GW PV + 7,8 GW CSP)
Scénario Eolien + : scénario hybride à dominante éolienne (13 GW d'éolien, 3,1 GW de PV et 3,9GW CSP)
L'IGF a retenu deux hypothèses concernant l'évolution du coût du solaire (PV ou CSP) dans les années à venir : -2,5%/an (hypothèse optimiste) et -5%/an (hypothèse hyper-optimiste). Pour
l'éolien une hypothèse de -2%/an est retenue (hypothèse optimiste). Dans tous les scénarios, il apparait clairement que l'option la plus économique, et très largement, c'est l'éolien.
* Sans le plan solaire méditerannéen, le projet UpM tombait tout simplement à l'eau car il n'aurait pas obtenu le soutien de l'Allemagne qui a beaucoup à gagner en
vendant ses produits solaires à l'étranger et dont l'économie dépend d'ailleurs des exportations.
NB - Le potentiel hydro, ignoré dans ce rapport, est colossal en Afrique; kWh hydro : entre 1 et 2 €c/kWh; la concurrence chinoise et russe en Afrique dans le domaine de l'hydro est
féroce).
Lire aussi :
Comment diviser par deux la part du nucléaire dans le mix électrique français ?
http://www.electron-economy.org/article-34118766.html
DOSSIER - DESERTEC : un projet pour l'Afrique ?
http://www.electron-economy.org/article-35143217.html
«L'homme qui, du désert ne saccage point la légende, ne peut subir l'outrage.»
-
Tahar Ben Jelloun, Sahara -
"Le désert est une femme capricieuse, qui parfois rend les hommes fous."
- Paulo Coelho
"C'est l'eau du désert qui est la meilleure, parce qu'on la trouve sous l'aridité des sables."
- Roger
Lemelin
"Il n'y a pas de plus grande émotion que d'entrer dans le désert."
- J.M.G. Le Clézio
"J'ai toujours aimé le désert. On s'assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n'entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en
silence..."
- Antoine de Saint-Exupéry

Sahara, mon amour
Un livre de Maïssa Bey et Ourida Nekkache
http://livre.fnac.com/a1688505/Maissa-Bey-Sahara-mon-amour
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Hiroshima mon amour
Un film d'Alain Resnais
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=3651.html
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