Nicholas Stern, auteur du célèbre rapport sur les conséquences économiques du changement climatique :
"Construire une économie à faible intensité carbonique crée des opportunités pour des investissements dans de nouvelles technologies qui promettent de transformer
notre société de la même manière que l'électricité ou les chemins de fer l'ont fait dans le passé"
- Source :
Largest ever investors' group demands strong climate change treaty,
GlobalFundWire.org
De l'écologie morbide à l'écologie positive
Par Olivier / ObjectifTerre / 1er octobre 2009
Photo : La lismonera de la catedral con su niño - Guadalajara, Mexique - Crédit photo : ObjectifTerre
En France, des utopistes très
médiatisés pensent que leurs appels au "changement des comportements" va permettre de diviser par 4 la consommation énergétique mondiale d'ici 2050. Ce n'est pas une blague, des
gens avec des étiquettes a priori très "sérieuses" ont ce genre de discours. Ils s'imaginent que la Chine, l'Inde, le Mexique, le Brésil, l'Afrique et l'Asie du sud-est vont
opter pour le renoncement, et entrer en décroissance. Ils sont très comiques, certes. Mais ils nous font perdre du temps. Soyons clairs : la
mode de la "décroissance" est un caprice de fils de riches occidentaux qui n'ont bien souvent aucune expérience de la vie dans les pays en voie de développement. Je mets au
défi les éco-snobs français d'aller tenir leurs discours frugalistes, non dans les salons feutrés parisiens ou les magazines tendance, mais dans les
quartiers pauvres des villes africaines, d'Amérique latine ou d'Asie.
Certains d'entres eux poussent la plaisanterie encore plus loin en affirmant haut et fort dans les médias que le nucléaire
va permettre, à l'échelle mondiale, de réduire massivement les émissions de CO2. Ils font semblant d'ignorer que le nucléaire est une énergie non durable basée sur une ressource, l'uranium,
aux réserves aussi déclinantes que le pétrole. Ils osent même qualifier le nucléaire d'"énergie propre" : on ne peut que leur conseiller d'aller faire un stage en Biélorussie. De plus,
du nucléaire civil au nucléaire militiaire, il n'y a que quelques centrifugeuses. Comme le souligne le polytechnicien François Lempérière, il convient de sortir de l'utopie nucléaire (voir ici), et reconnaître que le nucléaire, pour des raisons purement physiques, ne peut pas nous
aider à réduire les émissions mondiales de CO2. Même si nous passions à la génération IV, ceci alors que la technologie n'est pas au point aujourd'hui, nous
n'aurions que 200 ans de production électronucléaire au rythme actuel. Or le nucléaire est aujourd'hui une queue de cerise dans le mix énergétique mondial et la demande énergétique mondiale sera
multipliée par 3 d'ici 2050. En multipliant par 5 la production électronucléaire mondiale (quand on suit le chantier de l'EPR finlandais, on se dit que ce n'est pas forcément très
réaliste...), la part du nucléaire resterait marginale, et on en aurait alors que pour 40 ans de combustible.
Passons à présent aux choses sérieuses. D'ici 2050, la population mondiale sera passée de 6,5 milliards
aujourd'hui à 9 milliards. Aujourd'hui 1 milliard des habitants de la planète consomme les 2/3 de l'énergie mondiale, les 5,5 milliards consomment l'autre tiers, mais vivent dans
des conditions rudimentaires. Ces 5,5 milliards vont passer à 8 milliards en 2050 et il serait immoral de leur demander de vivre en consommant encore moins que ce qu'ils consomment aujourd'hui.
L'aspiration au développement de ces populations est parfaitement légitime et ceux qui la conteste n'ont aucune morale.
Etre réaliste, c'est prendre en compte que d'ici 2050, la consommation énergétique mondiale sera multipliée par 3 par
rapport à aujourd'hui. Que les pays riches parviennent ou pas à réduire leur consommation énergétique de 10% ou 20% suite aux changements de comportements
de leurs populations, cela ne change rien à la tendance de fond, pour de simples questions d'ordres de grandeur : la part du lion à venir, ce sont les 8 milliards d'habitants des
pays en développement de 2050. Même si chacun à le droit de se réfugier dans l'attente d'un miracle, la croyance que les occidentaux vont subitement passer à la
frugalité et que cela va règler le problème climatique a autant de pertinence que de pisser dans un violon. Certains ont d'ailleurs très bien compris que pisser dans le
violon vert, l'air grave et les sponsors sous la table, pouvait leur rapporter plein de pépètes.
La
vraie question devient : comment faire en sorte que les pays en voie de développement puissent bénéficier des technologies propres : éolien,
hydroélectricité, solaire, efficacité énergétique, transports électriques individuels et collectifs ? C'est la question que vient de poser Kofi Annan au Clinton Global
Initiative : « Je trouve que la discussion sur les véhicules électriques [avec Carlos Ghosn] est très intéressante. La voiture électrique est
un bon exemple de technologie propre et innovante. L'une des questions importantes à Copenhague sera : comment allez-vous vous assurer que les nouvelles technologies seront
également accessibles aux populations des pays en voie de développement, afin qu’elles ne répètent pas les erreurs du passé ? Comment se procureront-ils des voitures électriques ?
Comptez-vous les aider à réaliser la transition vers les nouvelles technologies ? » (...) (voir ici).
C'est aussi l'une des principales missions de l'agence internationale des énergies renouvelables Hélène Pelosse, directrice de l'IRENA : "La
bonne nouvelle avec les énergies renouvelables, c'est que l'on peut les développer partout (...) On ne peut pas demander aux pays émergents de se développer proprement, sans leur fournir
des technologies vertes. Il ne s'agit pas de mettre à leur disposition l'ensemble des technologies mais plutôt de regarder pays par pays quelles sont les solutions les plus
adaptées, qui ne seront pas forcément les plus récentes, les plus avancées."(Suite ici). Et c'est
précisément sur ce thème que Nicolas Stern met l'accent dans «Gérer le changement climatique en surmontant la pauvreté», de même que les responsables de la campagne TckTckTck (Global
Humanitarian Forum, Genève).
Il faut donc, parmi les solutions disponibles, sélectionner celles qui peuvent être déployées le plus rapidement dans les pays
en voie de développement. Les deux gagnants sur le plan physique/technique/environnemental sont le couple hydro-éolien et le thermosolaire avec stockage thermique et refroidissement sec. Mais sur le
plan économique, c'est le couple hydro-éolien qui remporte la palme, très largement, d'un facteur 4. Nous n'avons pas de temps à perdre
aujourd'hui avec des technologies certes exotiques et exitantes, mais qui, si elles sont développées en masse, vont absorber les capacités d'investissement : le thermosolaire (idem pour le
photovoltaïque) coûte bien trop cher. Aujourd'hui, c'est la stratégie du picking winner qu'il faut adopter. C'est exactement l'approche pronée par Gregor Czisch, expert des énergies
renouvelables (voir ici).
Il faut mettre en place un plan Marschall pour construire un nouveau socle énergétique durable en Afrique, en Asie, en Amérique latine. Il
faut que le taux de croissance des renouvelables dépasse largement et rapidement le taux de croissance de la demande énergétique. La bonne nouvelle, c'est qu'on sait que c'est
possible avec le couple hydro-éolien. Le défi n'est pas d'ordre technique (le couple hydro-éolien est parfait) mais que les décideurs sortent de l'ignorance et/ou de l'hypocrisie
liées à la pression des lobbies qui ont aujourd'hui le monopole de la production énergétique.
L'heure n'est pas à la peur, au renoncement, au repliement sur soi ou aux séances-ciné
d'écologie morbido-titaniquesques hélico-sponsorisées. Revenons sur terre ! L'heure est à la construction courageuse et généreuse ! L'heure est au
partage des connaissances scientifiques, aux transferts technologiques. Les populations des pays en émergence ont un immense désir de progresser vers la
prospérité verte, et c'est bien évidemment parfaitement légitime. Occidentaux diplômés, qui ont eu la chance d'étudier, aidons-les à mettre en place une dynamique
positive! INGA we can !
Il est temps de passer de l'écologie de l'hypocrisie et de la dénonciation à l'écologie pragmatique de la construction positive, de la liberté durable, dans
le cadre de laquelle le mot développement est pleinement assumé. Nous sommes à l'heure du choix entre la prospérité et le déclin, souligne Barack Obama (voir ici). En corée du sud, et les sud-coréens savent de quoi ils parlent avec la Corée du nord communiste
régressive de l'autre coté de la frontière, la devise est aujourd'hui : Le vert pour sortir du rouge (voir ici). L'écologie française, que Daniel Cohn-Bendit essaye, non sans difficultés, de faire évoluer vers la modernité, se métamorphosera aussi, ou
alors elle finira par disparaître comme le mur de Berlin.
"(...) Une écologie qui prenne acte de l'économie de marché pour mieux la réguler. (...) Une écologie de l'innovation, de l'excellence, de la précision, qui
renonce à la paresse intellectuelle de la pensée dogmatique et rompt avec l'approximation. Une écologie qui préfère la réalité à la pureté, ce qui ne l'empêche pas de rêver et de faire rêver. Une
écologie de l'envie et de l'enthousiasme, qui -sans pour autant être naïve- tourne le dos au catastophisme, à l'écologie de la privation, de la peur, de l'urgence et de la menace ! (...)
Une écologie libérale aux plans politique, culturel et sociétal. Une écologie moderne résolument tournée vers l'avenir, un mouvement du développement durable qui assume pleinement le
mot développement. (...) Si vous voulez aujourd’hui vous attaquer à une décroissance de l’énergie du pétrole etc,
il faut une croissance des énergies renouvelables !"
- Daniel Cohn-Bendit
Photo : Guadalajara, Mexique - Crédit photo : ObjectifTerre
Poverty and climate change are the two great challenges of the 21st century. Our responses to
them will define our generation, and because they are linked to each other, if we fail on one, we will fail on the other. Unmitigated climate change poses huge risks for the planet. If we carry
on emitting carbon dioxide and other greenhouse gases, global average temperature could eventually rise by more than five centigrade degrees, to levels not seen on Earth for more than 30
million years.
However, we understand the scale of the action that is necessary to reduce emissions and the areas on which we must focus: greater
energy efficiency, more low-carbon technologies, and a halt to deforestation.
We also know which policies and economic instruments will make these ambitions happen, and we can see a path for investment and economic growth that is attractive
for all parts of the world. All we need now is the political will.
The United Nations conference on climate change, due to be held in Copenhagen in December, will be the most important international meeting since the Second World
War. It must result in an agreement to halt and reverse the growth in annual global emissions, leading to a reduction of at least 50 per cent by 2050.
Developed countries should lead the way by cutting their annual emissions by at least 80 per cent. The people of developing countries are least responsible for the
current levels of greenhouse gases, but they are the most numerous.
Of the projected global population of 9 billion in 2050, 8 billion will live in countries today considered to be part of the developing world.
They should play the leading role in shaping the global plan of action against climate change, and they must eventually control their own emissions.
But no matter how successful we are in reducing emissions, we are now committed over the next few decades to some degree of further climate change due to the
levels of greenhouse gases already in the atmosphere.
The poorest people in developing countries in Africa and across the world will be most exposed and vulnerable to the impacts of climate change that will
occur. These are also the people who are least able to afford the costs of adaptation. For developing countries, adaptation is essentially development in a more hostile climate. It is
for them to shape their integrated plans for development and climate change.
The developed countries should provide at least US$100 billion a year by 2020 to help developing countries to adapt to the impacts of climate
change. This sum should be in addition to current commitments to raise official development assistance to 0.7 per cent of GDP, and in the future this figure should be closer to 1 per
cent.
While the two big global challenges of this century are poverty and climate change, we are also facing a crisis in the financial markets and the worst global
economic downturn for 80 years which, some may argue, should be all that we focus on now.
But delaying our efforts to tackle poverty would condemn millions of people to many more years of hardship. And delaying action on
climate change would mean the stock of greenhouse gases in the atmosphere grows, making the task of dealing with the problem more costly and difficult in the future.
We cannot afford to delay. We can and must, now and simultaneously, handle the short-term financial crisis, foster sound development and economic growth in
the medium term, and protect the planet from devastating climate change in the long term.
Developed countries must provide strong financial support, but they must also demonstrate that low-carbon growth is possible. It offers a
productive, efficient and attractive route to overcome world poverty.
* Nicholas Stern is chair of the Grantham Research Institute on Climate Change and the Environment and I.G. Patel Professor of Government and Economics at London School of
Economics and Political Science. His new book ‘Un piano per salvare il pianeta’ is published by Feltrinelli www.feltrinellieditore.it/giornalisti/SchedaLibro?id_volume=5001209
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