Samedi 28 novembre 2009
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Lire aussi :
> CRISE CHEZ LES SCIENTIFIQUES DU CLIMAT-
"La majorité des écologistes a sombré dans le déni"
- Par Georg Monbiot, The Guardian
http://www.electron-economy.org/article-climat-les-ecologistes-sombrent-dans-le-deni-par-georg-monbiot-40166021.html
> Affaire des emails climatiques piratés
- Message à Fabrice Nicolino
http://www.electron-economy.org/article-affaire-des-emails-pirates-message-a-fabrice-nicolino-40209162.html
> "Le grand scandale de la science climatique"
- Par Jonathan Leake, The Timeshttp://www.electron-economy.org/article--le-grand-scandale-de-la-science-climatique-par-jonathan-leake-the-sunday-times--40226354.html
Note : En aucun cas Georg Monbiot, ni moi-même, ne nions que le réchauffement depuis
un siècle est réel. C'est bien parceque c'est un vrai problème qu'il convient d'adopter une attitude parfaitement honnête, vraiment scientifique, ceci afin de pouvoir renvoyer à
leurs incohérences les personnes qui nient que la terre s'est réchauffée depuis un siècle de 0,7°C. Si on se met à défendre des scientifiques qui se sont manifestement mal comportés, ou à
chercher à étouffer l'affaire, on ouvre la porte à une crise bien plus grave. Bref, l'approche de Georg Monbiot est vraiment très pertinente.
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La crise majeure dans laquelle est entrée la communauté scientifique du climat (crise dont j'ai parlé à plusieurs reprise ces derniers jours, voir
la catégorie Climat du
présent blog) peut à mon avis devenir très salutaire car elle envoie un message tout autant à ceux qui nient la tendance de fond au réchauffement depuis un siècle qu'a ceux qui ont érigé les
scientifiques du climat au rang de saints et les sciences du climat au rang de religion.
Comment est né le clivage actuel entre négateurs du réchauffement et bigotes climatiques ? Cette origine est double :
- Stratégie de négation orchestrée d'une part par ceux qui ont des intérêts dans les énergies fossiles (en premier lieu les pétroliers comme Exxon aux USA) et d'autre part par
ceux qui sont allergiques aux idéologies régressives, aux affirmations qui ne se basent pas sur des faits scientifiques avérés mais sur des paris (c'est le cas de Claude Allègre), ou
aux politiques s'inscrivant dans une logique de punition (taxes etc.).
- Stratégie de l'exagération, du catastrophisme ("le réchauffement va conduire à la fin du monde") orchestrée par plusieurs acteurs : ceux qui
prônent la régression économique pour des raisons écologiques, ceux qui cherchent à utiliser la thématique climatique pour règler leurs comptes à l'économie de marché, ceux qui
cherchent à tirer profit de la thématique climatique pour mettre en avant le nucléaire, et enfin ce qui doutent de la capacité des gens à comprendre les enjeux ("les gens sont cons dont
il faut leur faire très peur pour qu'ils agissent").
Or les citoyens du monde détectent intuitivement quand on cherche à les manipuler et leurs réactions de rejet sont saines. La
leçon principale de toute cette affaire est qu'il ne faut pas prendre les gens pour des cons.
La mission des scientifiques est d'observer le monde, avec les yeux, mais aussi avec l'aide des satellites, microscopes et autres technologies. Leur mission n'est pas de chercher à rendre le
réchauffement comme quelque chose d'épouvantable et à chercher à faire peur aux gens. Sur la base des données d'observation, c'est aux citoyens, et à eux seuls, d'en tirer les
conclusions.
Sur la base des faits délivrés par les scientifiques, voici mon avis :
Le réchauffement climatique à l'échelle du siècle (+0,7°C) est réel. Le réchauffement n'a pas conduit et ne va pas conduire à la fin du monde et à l'extinction du monde vivant (dont l'homme)
mais à un environnement différent. Il s'agit d'un changement environnemental. Le comportement qui consiste à faire son nid dans le catastrophisme (c'est d'ailleurs vendeur, certains ont très bien
compris...), à s'enfermer dans des bigoteries, et à faire peur aux autres est nuisible. L'approche la plus pertinente consiste à intègrer rationnellement les faits, à mettre en
place des stratégies d'adaptation au changement et bien entendu à construire la Clean Energy Economy (via des transferts technologiques vers les pays en voie de
développement etc.).
Les scientifiques du climat ont eu à affronter des attaques puissantes et d'une mauvaise foi effroyable en provenance des lobbies pétroliers, surtout durant l'époque de G. Bush aux USA. Le
blog RealClimate est né dans ce contexte. Le problème est que certains d'entre eux, pour résister à ces attaques, sont entrés dans des logiques tribales, de groupe. Ils ont eu tendance, pour
solidifier leur résistance, à transformer en vérités absolues ce qui n'était au départ que de fortes présomptions. Or la nature nous réserve des surprises, le système climatique est complexe
et prétendre pouvoir en maîtriser l'évolution à l'échelle de la décenie à venir ou des 100 ans à venir est un pari très risqué.
Il y a 10 ans, aucun modèle informatique ne prévoyait que nous allions connaître une période de pause dans le réchauffement comme celle que nous observons. Les scientifiques sont vraiment
tombés des
nues, disons-le clairement. Personne ne parvient à expliquer cette pause. Cette situation est fortement dérangeante pour ceux qui avaient adoptés des discours de certitude car elle remet
tout simplement en cause la fiabilité des modèles informatiques utilisés. Et si on ne sait pas prévoir l'évolution du climat sur 10 ans, qui peut prétendre prévoir cette évolution sur 50 ans ou
100 ans ?
Quand on augmente la quantité de CO2 dans l'atmophère, on augmente bien entendu le forçage CO2 dans le bilan radiatif, mais il existe de nombreux autres paramètres et rétro-actions (dans un
sens et dans l'autre) qui entrent en jeu, et le climat résulte de toutes ces interactions, et non du seul forçage CO2. La nature est bien trop complexe pourqu'on puisse la réduire
dans un modèle informatique.
Cela ne signifie pas qu'il ne faut pas chercher à réduire les émissions de CO2, par précaution, et aussi parce que le CO2 génère d'autres problèmes, dont l'acidification des océans. Cela signifie
qu'il convient de rester modestes et surtout ne pas confondre science et religion.
Le GIEC est à l'interface de deux mondes aux logiques très différentes : le monde scientifique (un monde où l'on part des observations et où l'on doit faire preuve de rigueur),
et le monde politique (un monde de bluff, de paris et aussi bien souvent, d'hypocrisie, du simplisme, de guerres d'égos, de démagogie et de propagande). Appliquer la logique
du monde politique au monde scientifique, ou réciproquement, est tout simplement impossible. Qu'est-ce qu'une partie des scientifiques du climat a trouvé comme
stratégie ? Transformer ce qui n'a scientifiquement que le statut d'hypothèse en vérité : la limite des deux degrés, au delà de laquelle l'évolution du climat deviendrait "non
linéaire", est par exemple complètement arbitraire. Et d'ailleurs, j'aurais tendance à dire que l'évolution du climat n'est jamais linéaire. La limite en émissions mondiales de CO2
"acceptables", traduites en degrés Celcius (dans l'hypothèse qu'il n'y a que le CO2 comme facteur climatique, ce qui est faux), a été fixée arbitrairement pour que les politiques aient un
objectif clair.
Les sciences du climat doivent bien entendu rester ouvertes sur la société. Mais il convient à mon avis de toujours expliquer clairement ce qui relève de la science et ce qui relève de la
politique. Sinon on entre dans une spirale de perversion de la science.
- Olivier
"Ohhhh...Je peux voir que le futur te réserve un grand rôle dans l'industrie pétrolière"
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