Jeudi 8 octobre 2009
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19:40
Hanaë Grimal vient de publier un article fort intéressant sur
le site DijonScope.com. Extraits :
(…) Ces films [Le syndrome du Titanic etc.] suffiront-ils à provoquer la révolution verte ? Pas sûr... Si le discours culpabilisant fonctionne
assez bien, nombreux sont ceux qu’il dérange et qui le rejettent en bloc : « Le risque, c’est que les gens se disent qu’on les agace, qu’ils font ce qu’ils veulent. Il ne faut pas
non plus leur faire peur car après ils pensent que tout est foutu, que l’on ne peut plus rien faire. Ou alors que ce n’est pas à eux d’agir, car c’est la faute de la Chine et des
industries, s’inquiète Stéphane, fondateur de dijon-ecolo.fr. Il faut vraiment leur proposer des choses concrètes, des
actions » (…)
Perrine Moulinié-Humbert,
doctorante en sciences humaines et sociales :
«Ce qui me dérange un peu, c’est qu’on fait croire aux gens qu’en coupant l’eau, on va résoudre le problème. Or la solution ne peut être que
politique » (...)
Suite :
http://www.dijonscope.com/001040-arthus-bertrand-al-gore-hulot-les-neo-devots
On a jamais éduqué un enfant en le giflant, en lui faisant peur. En faisant cela, on génère de la frustration et de la haine. La responsabilisation ne se
construit pas sous la contrainte et la peur. Nicolas Hulot croit que c'est en balançant aux spectateurs occidentaux une succession d'images morbides
("tiens, prends ça dans la tronche !") accompagné d'un discours tremolo-culpabilisant-religieux que l'on va diviser par 4 les émissions de gaz à effet de
serre. Il n’est pas du tout dans les bons ordres
de grandeur et pire, sa méthode peut conduire à l'effet inverse que celui qui est recherché.

Explications ici :
De l'écologie morbide à l'écologie positive
http://www.electron-economy.org/article-36754189.html
Et là :
Le syndrome de la brosse à dents
http://www.electron-economy.org/article-30411035-6.html
Il me semble vraiment fondamental de relire Hermann
Scheer :
http://www.electron-economy.org/article-33455771.html
Et Bertrand Piccard :
"Puisqu'on ne peut
pas changer le caractère de l'être humain, essayons de composer avec son fonctionnement " (...) "Il ne s'agit pas de convaincre (dès qu'on veut convaincre on est dans un
conflit) mais de motiver" (...)
http://www.electron-economy.org/article-33203407.html
En effet, chercher à convaincre en
présentant un catalogue d'impact négatif de l'homme sur la nature n'incite absolument pas au changement. De même que chercher à convaincre en rappelant que le potentiel des
énergies renouvelables est énorme n'incite pas au changement. Les gens changent quand le changement les motive, quant ils comprennent ce qu'ils ont a gagner personnellement et
immédiatement de ce changement (sur le plan financier, sur le plan de l'autonomie, sur le plan de l'image, sur le plan de la performance etc.), quand ils ont envie de s'impliquer
dans sa réalisation.
Il est à la fois contre-productif (c'est le but...) et lâche d'essayer de faire porter la charge des impacts
environnementaux par les citoyens, alors qu'ils sont pris en otage d'un système (c'est la stratégie des groupes en situation de monopole, dont ceux qui sponsorisent Hulot) :
une immense majorité de français utiliserait une voiture électrique à la place d'une voiture à pétrole si les voitures électriques étaient sur le marché à un prix
compatible à leur budget. Une majorité de français consommerait des produits bio s'ils étaient vendus au même prix que les produits issus de l'agriculture intensive. Une majorité de
français construirait des maison à énergie positive si ces maisons coûtaient le même prix que les maisons ordinaires.
Il est de la responsabilité des politiques et des industriels de mettre sur le marché les produits écologiques (le gouvernement français l'a compris et Renault passe par exemple à
l'action). La marge de manoeuvre des citoyens est très limitée (ils ont besoin de se déplacer, de se chauffer, de manger etc.), et même si tous les citoyens des pays riches réduisaient de
20% leurs émissions de CO2 cela ne changerait rien à la tendance de fond à l'échelle mondiale. On ne peut pas accabler un
citoyen de la responsabilité de choix industriels dont il n'est non seulement strictement pour rien, mais, pire, dont il est victime ! Ce qui est terrible, c'est que certains
citoyens naïfs, facilement influençables par l'affectif, avalent la pilule sans rien comprendre aux enjeux. C'est sincèrement très triste.
Avec le Syndrome du Titanic, la perversité atteint son paroxysme : pour essayer de faire croire qu'Hulot est sincère et n'est pas que la marionnette médiatique de ses
sponsors (le filon Ushuaïa est juteux), un pseudo-conflit a été créé entre Hulot et ces grands groupes (Hulot aurait ainsi modifié certaines de ses phrases sous la pression de ses sponsors, la
belle blague !). Ceci pour que les naïfs se disent : "Vous voyez, il est sincère". Il faut effectivement qu'Hulot paraisse crédible et sincère pour que la méthode de la
culpabilisation des citoyens (et corrélativement du dégagement de responsabilité des grands groupes) fonctionne. Non content d'avoir manipulé une partie des "écolos", ce sont à présent les
personnes d'ultra-gauche qui sont visées (Même Hervé Kempf est tombé dans le panneau, la méthode utilisée est vraiment habile !), avec de la démagogie anti-libérale floue qui, dans sa
superficialité, ne menace bien entendu en rien ces grands groupes en situation insupportable de monopole (si cela avait été le cas, ils n'auraient jamais financé le
film).
En ciblant les citoyens, en faisant en sorte qu'il se sentent coupables, qu'ils retournent la responsabilité des dégâts environnementaux vers eux-mêmes, ces grands groupes industriels tentent de
désamorcer, d'affaiblir la contestation citoyenne vis à vis des choix industriels qu'ils opèrent. Cela leur permet de continuer d'utiliser les technologies sales dans lesquelles
ils ont lourdement investi dans le passé (ils bénéficient aujourd'hui de ce capital), et d'éviter d'investir dans les technologies propres. C'est
écoeurant.
- Olivier
NB - Si on compare le film d''Al Gore, de Yann Arthus-Bertrand et d'Hulot :
+++++ Le film d'Al gore, Une vérité qui dérange, est un cours magistral (fort
utile) de sciences. Une vulgarisation scientifique de très grande qualité par un orateur de très grand talent. Effet à mon avis très positif car à l'époque, beaucoup de
personnes n'avaient pas conscience de la globalité des impacts liés au changement climatique.
++ Le film Home de YAB a une approche esthétisante, artistique. Il cherche à toucher par
le beau. C'est à mon avis une méthode intéressante mais le commentaire du film relevait à mon avis de la méthode morbido-culbabilisante (créer un "électro-choc" pour
tenter de faire prendre conscience des impacts environnementaux) et de plus, ce film ne présente pas (ou presque) de solutions. Mon avis sur ce film ici
:
Home : un beau documentaire, splendide même. Mais une occasion manquée
http://www.electron-economy.org/article-32324634.html
----- Le film d'Hulot,
"Le syndrome du Titanic", est à mon sens un modèle d'anti-pédagogie. C'est exactement ce qu'il ne faut pas faire. Ce film est un
vrai naufrage : il a le potentiel pour que les personnes les plus engagées pour la planète se mettent à acheter des 4x4 et collent un autocollant
"J'emmerde les écolos-curés".
+++++ J'espère vraiment que le livre de Dimitri Caudrelier et de Mathieu Roynette (100 pionniers pour la
planète) deviendra un film.
Complétement d'accord avec ce qui est dit concernant le film d'Hulot, mais en plus quand je vois sa tête de faux en train de vendre la taxe carbone, c'est pire.
Non seulement je peux plus le voir, ni lui ni son émission qu'autrefois je suivais.
Mais en plus c'est devenu un enemi notable de la nature par retour de baton de ces pôtes politiques.
Alors que plusieurs grosses boite US (dont Apple) viennent de claquer la porte du groupement qui devait reflechir à faire du chiffre negatif sur le carbone pour le revendre aux chinoi ou à l'inde entre autres.
Ils ont compris que la polution n'a pas de frontière et que ce n'est pas une taxe carbone à vendre au plus polluants qui reglera le probleme surtout que les vents tournants autour du globe ça leurs reviendra évidement dans la figure.
enfin ...
Ils preconisent des solution immédiate sur la production chez eux, pour eux, et dont les techniques sont exportable, mais pas de leurs vendre un droit à polluer.
Bonjour Hohola,
Je comprends votre réaction.
A mon avis,c'est la doctrine et les idéologues qui sont derrière Hulot qui posent problème, pas Hulot lui-même. Hulot n'est qu'une marionnette médiatique. Il me semble complètement manipulé.
L'homme Nicolas Hulot ne m'intéresse pas en tant que tel. C'est l'idéologie qu'il véhicule qui convient de mettre au grand jour, afin que les français comprennent les dangers qu'elle représente.
J'aimais l'engagement d'Hulot il y a 4-5 ans (j'étais d'ailleurs éco-naïf à cette époque, et relativement ignorant dans le domaine énergie/environnement). Il me donne l'impression d'un bon vin qui a tourné au picrate.
Olivier
Je crois que je te rejoins dans le sens où la ouvelle révolution industrielle, basée sur l'intelligence des écocosystème plutôt que leur exploitation, l'efficience énergétique plutôt que son gaspillage, et les énergies renouvelables plutôt que fossiles plus génératrices de pollution de standardisation etc, sont tellement enthousiasmantes que même si notre système actuel n'était pas prédateur, on a envie, quand on l'a compris, d'y plonger tout de suite.
Mais cela n'enlève pas la valeur du constat : regarder aussi lucidement ses erreurs et les limites permet d'être aussi plus armé pour cerner dans le "nouveau" ce qui est du vrai écologique / durable ou non. Ce qui n'est pas si facile....
C'est un peu comme dans la vie. Quand on entame une nouvelle étape, il est mieux de faire un bilan avant. Et pour moi, c'est ce que font chacun à leur manière ces films.
Maintenant que le bilan est fait, scientifique (Al Gore, Home...) et plus philosophique (pour moi, dans son film, Hulot nous interroge sur nos valeurs)... la place est encore plus grande pour que s'engage la réflexion sur nos possibles pour demain.
J'ai hâte de voir "the age of stupid" et aussi le film que Colline Serrault prépare...
Je sais que tu es sincère, je comprends ton point de vue, mais je ne le partage pas à propos du film d'Hulot.
Mon avis (il n'engage que moi) :
Accompagnant de spendides images, les commentaires du film Home étaient scientifiques (vulgarisation), informatifs. Je dirais que la culpabilisation était sous-jacente (le but était de susciter un "électro-choc"), dans les choix de sujets abordés, et j'ai regretté qu'il ne mette pas plus en avant les solutions, car un électro-choc sans solutions sérieuses visualisables à l'horizon, c'est à mon sens très risqué. Cela reste bien entendu un film aux conséquences positives pour le public (information environnementale), mais en revanche à mon sens assez peu mobilisateur.
Avec le film d'Hulot, on est dans une logique à mon sens très différente.
Olivier
D'autre part cela ne correspond pas à l'héritage des deux-trois siècles qui nous ont précédés où on a cherché des solutions uniques et où on a eu le culte des grands travaux. Il faut donc une véritable révolution de l'esprit pour comprendre cela. Cela ne se fait pas en deux coups de cuillère à pot.
En aérien, c'était encore plus difficile : car à part les champs d'éoliennes et les centrales solaires, rien n'est spectaculaire. et tout est encore rare à grande échelle.
Pour Home, sur les solutions, on a donc cumulé ces trois difficultés.
J'ai hâte de voir le film de Colline Serrault car comme elle se place à hauteur d'homme et dans l'humble (elle tourne camera sur l'épaule m'a-t-on dit) elle doit être dans la bonne échelle pour cela. Cela pose par contre la difficulté de ne pas utiliser un mode d'image habituel au grand public. C'est prendre le risque de toucher moins de gens. J'ai vraiment hâte de voir ce qu'elle a fait.
Imaginer un nouveau monde vraiment durable et surtout trouver les moyens d'en transmettre l'essence, c'est un travail créatif très dur. On peut faire du petit reportage (ex : les Report-Terre), mais en film c'est beaucoup plus difficile, car tu es obligé de passer à une autre dimension. Un film ne propose pas qu'une information il propose une réflexion plus globale et un mode narratif qui emmène et se tient. . Et il faut prendre le public là où il est. Or il y a de vrais changements de paradigmes à faire.
Et il faut arrêter de croire que tout est manipulé. Ceux qui s'expriment et font des films ou livres sont des êtres humains comme les autres, ils sont à une étape de leur cheminement et ils font avec les moyens du bord. On n'est pas plus manipulés que n'importe quel citoyen dans une société ambiante et qui essaie de la regarder avec recul.
Après que certaines expressions soient plus dérangeantes que d'autres et trouvent du coup plus ou moins de diffuseurs c'est autre chose. Mais ce n'est pas de la censure, c'est plutôt des responsables à convaincre, comme le public, qui ont eux-aussi toute une vision du monde à déconstruire et à construire.
Home tel qu'il a été écrit l'a été pour correspondre vraiment à la prise de conscience d'une majorité de la population à un instant t. trop en avance, tu perds ton point d'accroche, trop en retard, tu ne fais plus rien découvrir.
Et le film de Hulot pour moi arrive aussi au bon moment car il permet de franchir un pas supplémentaire. Je le trouve très moderne aussi. Car il très modeste dans son mode narratif. Il y a ces grandes images très belles qui défilent -et qui s'apparente à ce à quoi tu es bombardé sans cesse à la télé et autres- et la réflexion d'un homme tout seul, qui interroge ses contemporains. En tant que simple homme. Il n'est pas ponte, il n'étale pas un savoir, il se met à côté de toi et il te dit ce qu'il a sur le coeur et dans sa tête après avoir retourné le problème dans tous les sens et avoir effectué un travail d'une véritable honnêteté intellectuelle, qui va chercher argument et contre argument pendant des années. Quand tu fais ça, tu ne peux plus te taire, c'est tellement énorme que tu ne peux pas faire autrement que de vouloir partager tes conclusions.
Après ce qu'Hulot te dit résonne ou pas...
Et quel autre choix que de s'adresser directement à chacun ? Parce que dans cette histoire , on est tous embarqués dans le même bateau et personne ne peut rien faire tout seul. c'est d'ailleurs pour cela qu'on ressent le besoin de faire des films, qui sont des modes de partage d'être humain à être humain.
Il faut un mouvement de masse pour entraîner les politiques vers le changement. ce n'est peut être pas ce qui devrait se faire dans l'idéal mais vu lurgence, c'est sûrement le moyen le plus efficace. Faire comprendre à la population l'ampleur des enjeux et que justement, la brosse à dent, c'est de la carabistouille.
Je me suis permis de déplacer ton texte ici :
http://www.electron-economy.org/article--imaginer-un-nouveau-monde-vraiment-durable-et-surtout-trouver-les-moyens-d-en-transmettre-l-essence-c-est-un-travail-creatif-tres-dur-par-isabelle-delannoy-co-auteur-du-film-home-37210588.html
Je répond en dessous du texte.
Olivier