Jeudi 26 novembre 2009
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Le gouvernement chinois a indiqué aujourd'hui vouloir baisser son intensité carbonique de 40 à 45% d'ici 2020 par rapport à 2005.
Qu'est-ce que l'intensité carbonique ? C'est la quantité de CO2 émise par unité de PIB (le PIB est un indice de santé économique du pays, de niveau de vie; le PIB est
d'ailleurs étroitement corrélé à l'Indice de Développement Humain, IDH qui intègre niveau d'éducation, l'espérance de vie et le niveau de vie).
Pour baisser l'intensité carbonique, il y a plusieurs possibilités :
- augmentation de la part des énergies renouvelables (éolien, hydro, solaire)
- augmentation de l'efficacité énergétique (par exemple : amélioration de l'efficacité énergétique en passant de la pétro-mobilité à l'électro-mobilité, isolation des bâtiments
etc.)
Cela signifie que la Chine, et elle
a bien raison, n'envisage pas de se tirer une balle dans le pied en annonçant un programme visant à diminuer le niveau de vie de ses habitants. Les chinois, comme les français, ne veulent pas de l'idéologie de
la décroissance, il privilègient au contraire l'amélioration de la qualité de vie.
A noter qu'il est possible que l'intensité carbonique d'un pays diminue, alors que les émissions de CO2 continuent d'augmenter. Prenons une image : quand on passe d'une voiture qui
consomme 6 litres aux 100km à une voiture qui consomme 3 litres aux 100km, avec le même budget carburant, on va tout simplement rouler deux fois plus avec la voiture qui fait du 3
litres.
La stratégie de com de la Chine à quelques jours de Copenhague est astucieuse. Certains citoyens occidentaux vont croire que la Chine s'engage à diminuer ses émissions de CO2 de 40 à
45%, ce qui est faux.
Mettons à présent les chiffres pertinents sur la table : les émissions de CO2 par habitant (2008) sont de :
- Chine : 4,4 tonnes
- Europe : 12 tonnes
- USA : 23,5 tonnes
Quand les européens des salons parisiens ou londoniens émettrons 4 tonnes de CO2 par habitant, ils pourront s'amuser à essayer de donner des leçons aux chinois. Pas avant. Seuls
les européens dont la mentalité est héritée de l'époque coloniale peuvent demander à la Chine ne ne pas se développer, de lui sermoner qu'elle n'a pas le droit d'accèder à un
niveau de vie occidental : "mangez juste un bol de riz, circulez à vélo, et on viendra vous prendre en photo (et éventuellement vous jetter quelques
cacahuètes)". Les européens qui considèrent que chaque peuple dans le monde a le droit au développement savent qu'il est anti-éthique d'exiger l'arrêt du développement (ou
pire, l'entrée en décroissance) des pays en émergence.
Si les européens veulent que les pays en voie de développement émettent moins de CO2, ils peuvent agir : en signant des chèques permettant la construction en Afrique, Asie et Amérique
latine de parcs éoliens, de centrales solaires, d'infrastructures de recharge pour voitures électriques, etc. Et s'ils ne signent pas de chèque, qu'ils ne viennent pas se plaindre
ensuite.
Le représentant spécial de la Chine pour les discussions sur les changements climatiques au sein du ministère des Affaires étrangères :
"Nous approchons de la fin 2009 et nous avons noté que pour de nombreux pays européens, les réductions d'émissions ne sont pas allées très loin et que pour
certains, elles ont même fortement augmenté (...) De plus, les pays industrialisés n'ont pas non plus respecté leurs promesses de transférer des
technologies propres aux pays en voie de développement. Quand une nation [La Chine] se trouve en pleine industrialisation et urbanisation rapide,
la consommation d'énergie et les émissions totales augmentent rapidement (...) Nous ne pouvons pas accepter que les Chinois aient seulement un tiers, un
quart ou un cinquième des droits des pays développés pour le développement économique et social et l'amélioration de leurs niveaux de vie"
La réalité est que les européens (surtout français, anglais et allemands) ne supportent pas de se faire distancer sur le plan économique par les puissances émergentes que sont la Chine et
l'Inde. Un rapport PwC met clairement les changements en cours
sur le plan des rapports de force économiques : " (...) D’ici à 2050, l’équilibre économique mondial va connaître des bouleversements majeurs. La Chine
devient dès 2025 la première puissance économique mondiale. Au-delà des BRIC, de nouveaux pays émergents affichent des potentiels de croissance considérables, tel que le Vietnam - 9,8% de
croissance par an entre 2007 et 2050 – tandis que la croissance de la France et des autres pays du G7 plafonnerait à 2% (...)" - La position de la Chine sconcernant le sommet de
Copenhague est parfaitement fondée et très intelligente. Il convient que tous les pays du G77 en fasse de même afin de mettre les
européens face à leur incohérence et leur hypocrisie.
Les français, anglais et allemands sont angoissés à l'idée de se faire distancer par le dragon chinois. Les allemands sont par exemple en train de se faire écraser dans le domaine du
photovoltaïque, et la course lancée en Europe dans l'électrique est tous simplement une tentative de résistance face à l'invasion imminente des véhicules chinois sur le marché
européen. Quand les européens osent demander (alors qu'ils émettent 3 fois plus de CO2 que les chinois et 4 fois plus que les indiens) aux chinois et aux indiens une
réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, cela signifie en réalité : "ne vous développez pas trop vite, on arrive pas à vous
suivre, on est largués, au secours !".
Ils sont trop drôles en fait, les européens.
- Olivier
NB1 - A noter que le pays dont l'intensité carbonique a progressé de la manière la plus spectaculaire dans le monde, c'est précisément le Danemark. Le PIB danois a
fortement progressé, ainsi que l'intensité carbonique du pays par unité de PIB (via éolien + cogénération + efficacité énergétique des bâtiments et appareils etc.).
NB2 : Indice de Développement Humain :
NB 3 : CO2 par pays et C02 par habitant (seule les émisssions par habitant ont du sens, on va pas demander la la Chine d'émettre comme le Vatican ou Monaco) :
NB 4 : de l'ère de la combustion à l'ère de l'électron
NB 5 : Intensité carbonique :
Source : http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=49490
Comme le montre le graphique ci-dessus, la Chine n'a pas attendu les européens pour améliorer son intensité carbonique : entre 1996 et 2009, soit en 14 ans,
elle s'est améliorée de 40 points. La Chine propose à présent de passer à 42,5 points entre 2005 et 2020, soit en 16 ans. A noter qu'il est plus aisé de passer de l'indice 100
à l'indice 60 que de passer de l'indice 60 à l'indice 20.
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