Suite à un commentaire de Jean
sur le blog d'Isabelle, voici quelques réflexions :
- Monopolisme -
Quand une entreprise devient géante, quand une logique mécanique de recherche de profit, et non de l’épanouissement des travailleurs, se met
en place, cela aboutit mécaniquement aux mépris de la liberté/dignité individuelle. Les intérêts du groupe, de l’entreprise sont
alors considérés comme supérieurs aux intérêts individuels des salariés, et cela conduit aux « on prend, on jette » (licenciements etc.). Chaque employé est considéré comme une
machine, un pion corvéable. L’humain est broyé, la dignité individuelle de chacun disparaît.
Aujourd’hui, le gros problème, c’est le monopolisme (de grec mono, "seul", et polein, "vendre") qu’il soit privé ou public. Le monopolisme conduit
presque systématiquement au mépris de la liberté/dignité des personnes. La grande naïveté des communistes et apparentés est de croîre que pour échapper aux monopoles privés, il convient de
transfèrer les monopoles à l'état. Or la dynamique de mépris de l’individu existe tout autant avec le communisme qu’avec le nazisme ou encore avec
l’islamiste intégriste et l’écologisme.
Avec la doctrine communiste, c’est l’état qui a le
monopole. Les travailleurs n’existent plus en tant qu’individus, ils ont le devoir d’obéir aux objectifs planifiés par l’état. Ce que les communistes et apparentés nomment "capitalisme" ou "libéralisme", c'est en fait le monopolisme privé (monopolisation du capital par le jeu
du marché libre). Partout où la doctrine communiste a été appliquée dans le monde réel, elle a conduit à une régression terrifiante des libertés
individuelles, au mépris de l'humain, au massacre des opposants politiques et à l'émergence d'aristocrato-apparatchiks. Raymond Aron : «Contre une
certaine complaisance des privilégiés, enclins à s’accommoder de la misère du plus grand nombre pourvu que leurs libertés formelles fussent respectées, la protestation marxiste n’a rien perdu de
sa fraîcheur. Mais le jour où, sous prétexte de liberté réelle, l’autorité de l’État s’étend à l’ensemble de la société et tend à ne plus reconnaître de sphère privée, ce sont les libertés
formelles que revendiquent les intellectuels et les masses elles-mêmes (...) La fin
sublime excuse les moyens horribles. Moraliste contre le présent, le révolutionnaire est cynique dans l’action, il s'indigne contre les brutalités policières, les cadences inhumaines de la
production, la sévérité des tribunaux bourgeois, l'exécution de prévenus dont la culpabilité n'est pas démontrée au point d'éliminer tous les doutes. Rien, en dehors d'une "humanisation" totale,
n'apaisera sa faim de justice. Mais qu'il se décide à adhérer à un parti aussi intransigeant que lui contre le désordre établi, et le voici qui pardonnera, au nom de la Révolution, tout ce qu'il
dénonçait infatigablement. Le mythe révolutionnaire jette un pont entre l'intransigeance morale et le terrorisme. (...) Rien n'est plus banal que ce double-jeu de la rigueur et de
l'indulgence. » - A l'heure du XXième
anniversaire de la chute du mur de Berlin, méditons à nouveau cette réflexion d'Aron.
Avec la doctrine nazie (national-socialisme), les
intérêts du groupe racial et du Reich sont considérés comme supérieurs aux intérêts individuels. L’individu n’existe plus, il doit obéir aux plans fixés par le führer, même les plans les
plus inhumains. Ein Reich, ein Fuhrer.
Les nazis détestaient la liberté, notamment la liberté d’entreprendre, et la haine des juifs vient du fait que les
juifs symbolisaient pour les nazis les hommes qui entreprenaient librement. Un groupe d'individus, dans une dynamique de masse, de meute, a obéit aveuglement à Hitler, au
chef; ces minables qui ne parvenaient à exister que par la meute, seuls ils n'étaient rien, étaient jaloux des juifs libres et indépendants qui réussissaient dans leurs
projets. Leurs rancoeurs, échecs et frustrations personnels se sont cristalisés sur les juifs et Hitler a tiré profit de cette cristallisation pour mettre en place ses projets
inhumains.
ندا صالحی آقا سلطان
Avec l’islamisme intégriste (ce fût le cas aussi avec le catholicisme intégriste qui a conduit au génocide des aztèques), il s'agit de monopole spirituel. En Iran, par
exemple, la liberté/dignité individuelle n’existe plus, notamment celle des femmes, seul compte le diktat de ceux qui se considèrent comme les représentants de dieu sur terre. La
contestation de cette dictature est sévèrement réprimée, par la peine de mort. L'idéologie, c'est ce qui pense à votre place. Partout où des théocraties de ce genre ont été expérimentées dans le monde réel,
partout elles ont conduit à une terrible régression des libertés/dignités individuelles. La laïcité, c'est à dire la liberté d'être croyant et
d'exprimer sa foi, ou de ne pas l'être, est un bien très précieux.
Avec l’écologisme intégral (voir ici), la liberté/dignité individuelle n’existe plus, la préservation d’un environnement "pur" est considérée comme ayant une valeur supérieure aux intérêts individuels des hommes. Les partisans de cette doctrine appellent à la mise en place d'un régime
centralisé contrôlant les citoyens. Pentti Linkola, idéologue finlandais : « N'importe quelle dictature serait meilleure que la démocratie moderne. Il ne peut y avoir de
dictateur assez incompétent pour montrer plus de stupidité qu'une majorité populaire. La meilleure serait une dictature où de nombreuses têtes rouleraient et où le gouvernement empêcherait toute
croissance économique (...) La plus irrationnelle des croyance des gens est la croyance en la technologie et en la croissance économique. Leurs prêtres croient jusqu'à la mort que la
prospérité matérielle apporte joie en bonheur (...) Tout ce que l'humanité a construit depuis un siècle doit être détruit (...) Une erreur fondamentale et dévastatrice est d'avoir fondé un
système politique fondé sur le désir. La société a été organisée sur la base de ce que désirent les gens, et non sur la base de ce qui est bon pour eux (...) Notre seul espoir
réside dans la mise en place d'un gouvernement centralisé sans compromis pour contrôler les individus-citoyens (...) La production énergétique doit être drastiquement réduite.
L'électricité ne doit être accordée que pour les strictes nécessaires éclairages et communications (...) La mobilité doit être basée sur le vélo et les bateaux à rames (...) les voitures
individuelles doivent être confisquées. (...) Les excrétats humains doivent être utilisés comme fertilisants (...) Nous avons encore une chance d'être cruel. Mais si nous nos ne
sommes pas cruel aujourd'hui, alors tout est perdu (...)".
La Liberté c'est la Vie. Sans liberté, la Vie disparaît. La Liberté est le bien le plus
précieux que nous avons à conserver. Et elle est fragile. Les règles du groupe n’ont de sens que si elles bénéficient aux individus. Les règles collectives n’ont de sens que si elles sont la garantie que chacun
puisse épanouir son potentiel créateur et vivre dignement. A chaque fois que la
liberté/dignité individuelle est considérée comme secondaire par rapport aux intérêts du "groupe" ( groupe considéré comme supérieur, groupe qui n'existe pourtant pas sans les individus, groupe
qui n'a pas d'existence en tant que tel), à chaque fois que le "socio" ou l'"éco" est considéré comme supérieur à l'être humain, alors des dynamiques anti-humaines se mettent fatalement en place. La liberté/dignité de chaque individu est sacrée, il convient de placer l'homme au centre de toute politique. Nous avons le devoir de préserver
l'humain. Préserver l"éco" n'a de sens que si cette préservation bénéficie à l'homme au lieu de lui nuire; préserver le "socio" n'a de sens qui si cela permet aux
libertés individuelles de s'épanouir; si le "socio" conduit à l'écrasement des libertés individuelles, il est nuisible. Le dieu "Eco" et le dieu "Socio" n'existent pas, les
éco-socio-bigoteries sont aveuglantes. Préserver l'"éco" ou le "socio", cela n'a pas de sens dans l'absolu, cela a uniquement un sens si cette préservation crée un terrain favorable à
l'expression de la liberté de chacun. "Faire du social", ce n'est pas génèrer de l'aliénation mais au contraire permettre à autrui de redevenir libre et autonome, c'est à dire
véritablement humain.
- Défis -
Aujourd'hui, les défis sont nombreux, afin de nous organiser de telle manière que chacun puisse épanouir son désir de liberté. Il nous faut notamment réfléchir aux thématiques suivantes
:
- l'héritage : est-il acceptable qu'un(e) jeune bon(ne) à rien , qui n'apporte strictement rien à la société, hérite du jour au lendemain de la fortune de sa mère
ou de son père ?
- la monopolisation des terres par les grands propriétaires terriens et le mépris des petits paysans est un problème majeur, notamment en Amérique latine. Nous
sommes sur une planète dont la surface est limitée, le droit à l'accès à la terre devrait être un droit universel. Non qu'il faille remettre en cause, comme le fait Proudhon, le
principe même de la proprieté privée, en l'occurence des terres, mais plutôt de la concevoir sous l'angle du partage. Il ne s'agit pas de collectiviser mais simplement de
rendre possible la propriété terrienne pour tous.
- les monopoles des exploitations minières : est-il par exemple normal que certains entreprises puisent tirer des profits gigantesques simplement en pompant du pétrole
du sol, alors qu'elles n'ont strictement rien fait pour produire ce pétrole ? Même questions avec les mines de Néodyme ou de Lithium, etc.
- le monople des moyens de production (du capital). La encore, je ne pense pas (pas du tout, même) qu'il faille collectiviser l'appareil de production industriel,
mais plutôt de fragmenter les empires aliénateurs afin qu'ils se décomposent en unités à taille humaine et que chacun puisse bénéficier des fruits de ce capital.
La propension de certains à toujours vouloir plus de terres, plus de mines, plus d'argent sur le compte en banque, ceci dans l'unique perspective de mépriser les autres (culte du "moi
j'ai plus que toi") pose problème. Un être humain n'a pas besoin d'avoir 10 millions d'euros sur le compte en banque pour vivre dignement et s'épanouir sur cette Terre.
Je n'ai pas de réponse à ces questions aujourd'hui, j'y réfléchis.
Je crois que nous avons besoin de revenir à des entreprises à taille humaine et de relocaliser
l'économie (production alimentaire, production énergétique etc.). Je crois que nous devons aussi lutter contre l'éco-illestrisme. Avec des entreprises plus petites et une économie
plus locale, les visages peuvent se recroiser et l'humain peut retrouver sa liberté/dignité. "La revendication sociale, le besoin et le désir de justice" dont parle Jean, c'est tout
simplement l'aspiration au respect de la liberté/dignité individuelle de chacun.
- Diversité -
La diversité humaine est notre richesse. Ne cherchons pas à la lisser. Au contraire, favorisons l'émergence des parcours créatifs individuels originaux. Et afin que cette émergence
soit possible pour tous, veillons à ce que le parcours des uns ne prenne pas la forme d'un monopole asphyxiant pour les autres. Vu sous un autre angle, l'épanouissement est une
possibilité, et en tant que possibilité, il arrive qu'elle ne se produise pas, alors que c'était possible. Ce non-épanouissement des uns, alors qu'ils en ont la
possibilité, ne doit pas servir de base prétendument "éthique" pour stopper l'épanouissement des autres, au nom d'un égalitarisme par définition contre-nature et profondément
idiot. L'égalitarisme est une doctrine qui ne peut conduire qu'à l'autoritarisme, au formatage dévitalisant de la diversité humaine.
Nous sommes tous différents, et l'harmonie ne peut naître que de la différence. La liberté individuelle, la recherche de
l'épanouissement personnel constituent le moteur fondamental de la Vie. Pour certains, l'épanouissement personnel passera
par la recherche permanente de l'aide de l'autre. Cette aide sera acceptée par l'autre uniquement si il sent qu'elle n'est pas aliénante mais au contraire
libératrice. Aider l'autre ce n'est pas créer une dépendance pour satisfaire le plaisir du "j'existe car l'autre a besoin de moi", mais créer les conditions
de l'autonomisation. Comme le souligne Spinoza dans Éthique, IV : «Quand chaque homme cherche le plus ce qui lui est utile à lui-même, alors les hommes sont les plus utiles les uns aux autres». L'exigence
de respect de la dignité d'autrui fait partie des intérêts privés étant donné que si cette exigence est généralisée, alors on en bénéficie aussi soi-même.
Certains projets de (soit-disant) "coopération" entre l'Europe et l'Afrique sont en réalité très aliénants pour les africains. Ces derniers sont placés dans une situation où on leur impose une
forme d'"aide" dont tout est fait pourqu'ils ne puisse plus s'en passer. Par exemple en leur offrant un travail dans un champs de Jatropha curcas dont la production en huile est
intégralement exportée vers l'Europe. Il sont pris dans un cercle vicieux : l'huile devrait bien entendu rester en Afrique pour les africains, mais si l'huile n'est pas exportée, alors les
gens du pays, trop pauvres, ne peuvent pas l'acheter et les ventes s'effondrent. Le système mis en place les rend dépendants : s'ils décident de sortir du système il perdent leur travail.
C'est précisément cette question de la mise en situation de dépendance qui m'a conduit à ne plus soutenir le projet DESERTEC. La vraie coopération, ce n'est pas le «laissez faire, laissez
passer». La vraie coopération est celle où l'on vient fournir les outils pour que les populations aidées deviennent autonomes.
Le vrai libéralisme est nécessairement humanitaire et implique une grande discipline personnelle vis à vis de ses propres valeurs.
L'économie de marché, même si elle possède une force colossale pour créer de la richesse, ne peut pas être laissée dans une forme pure, complètement sauvage, sinon les risques de dérives
monopolisants sont presque inévitables. Le marché entièrement libre conduit fatalement à l'émergence de dominants et à l'écrasement des petits. Et une fois que commencent à émerger des dominants,
ils n'en finissent plus de grossir, écrasant encore plus les petits qui finissent par creuver. Il convient donc de trouver un équilibre subtil où chacun peut s'épanouir librement et dignement, ce
qui implique de casser les dynamiques monopolisantes dès qu'elles émergent, tout en laissant le maximum d'espace de liberté créatrice à chacun. Mettre le marché au service des
hommes, et non l'inverse, c'est cela l'art de la domestication du marché sauvage.
Il convient que la recherche du "plaisir" archaïque de dominer les autres ("je possède plus que toi", "j'ai la plus grosse (maison, voiture...)", "tu as
besoin de mon pétrole pour te déplacer", "tu as besoin de moi pour vivre", "tu m'appartiens" etc.) se métamorphose en plaisir de rendre
possible l'épanouissement de tous, ceci sans renoncer à son libre cheminement créatif personnel vers le bonheur. Il s'agit de la même métamorphose qui est nécessaire pour que
la femme soit enfin considérée comme un être humain et non comme un objet dans certaines "cultures" primitives. Dans l'article La Porsche noire, le play-boy et la burqa, Tahar Ben Jelloun décrit avec talent cette aliénation
insupportable, cette phagocytose de la liberté d'être, ce massacre silencieux, sans effusion de sang, de l'humain.
- Olivier
Lire aussi :
"Nous avons besoin d'une renaissance spirituelle" - Par Emil
Möller
http://www.electron-economy.org/article-35135907.html
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