Dans un article du
Parisien, on apprend que Cécile Duflot, diplômée de l'École Supérieure des Sciences Economiques et Commerciales (ESSEC) et secrétaire nationale des verts, qualifie de
"négationnistes" les scientifiques et les citoyens qui doutent que les émissions de gaz à effet de serre par l'homme jouent un rôle
important dans le réchauffement climatique de 0,6°C observé depuis un siècle. Ces propos ont suscité une réaction du journaliste Jean-Pierre Elkabbach.
Et bien non Madame Duflot, l'origine anthropique du réchauffement climatique, d'un point de vue scientifique, n'a pas le statut d'une vérité incontestable mais d'une
hypothèse. Les scientifiques, au niveau des forçages radiatifs, ne parviennent pas à expliquer ce réchauffement d'une autre manière que par les émissions anthropiques de gaz à effet de
serre, mais il n'y a aucune vérité absolue.
Les scientifiques estiment que la probabilité que l'homme soit responsable du réchauffement de 0,6°C observé depuis un siècle (que personne ne conteste, contrairement à ce que vous semblez
chercher à faire croire) est de 90%. Ce qui signifie qu'ils estiment avec une probabilité de 10% qu'il n'en soit pas responsable.
Etant donné qu'il vaut mieux prévenir que guérir et que les émissions de CO2 conduisent à l'acidification des océans (là cela relève du fait scientifique
incontestable et incontesté : le CO2 anthropique conduit à l'acidification des océans), il est tout à fait justifié de chercher à réduire ces émissions étant donné que le réchauffement climatique
et l'acidification océanique pourraient avoir des conséquences négatives pour l'homme.
Les scientifiques qui estiment
qu'il est possible qu'il y ait d'autres causes possibles au réchauffement observé et qui sont sceptiques à propos d'une explication du réchauffement observé par les seules émissions de gaz à
effet de serre anthropiques, ne sont pas des "négationnistes". Le négationnisme est le discours qui consiste à contester ou nier la réalité du génocide des Juifs perpétré par les
Nazis et leurs complices pendant la Seconde Guerre mondiale.
Avec ce comportement, Madame Duflot, vous nuisez à la réputation des scientifiques du GIEC en cherchant à les faire passer pour des sectateurs, scientifiques
qui soulignent au contraire qu'il n'y a aucune vérité absolue dans leurs propos. L'écologie politique, quand elle prend une allure sectatrice, est nuisible à la cause dont elle prétend
se faire l'avocate.
Et de plus vous donnez du crédit aux propos de Claude Allègre (qui est un grand scientifique dans son domaine, la géochimie, mais qui n'a pas de compétences dans le domaine des sciences du
climat) concernant le réchauffement climatique, vous le placez presque en situation de victime, alors que ce dernier a dit de grosses (et graves) bêtises à ce sujet, bêtise
qu'il convient de mettre en relief avec des arguments scientifiques. Claude Allègre, viscéralement agacé par le dogmatisme de certains "écolos" et présentant que ces mêmes écolos
allaient utiliser la thématique climatique pour chercher à imposer leurs dogmes, s'est embourbé à propos de la thématique climatique, mais cela n'enlève rien à la pertinence de son analyse
concernant les dangers de l'écologisme radical (voir tout en bas de cet article, NB2).
Cécile Duflot ajoute, embarrassée par la réaction saine du journaliste : «Ce que je veux dire, c'est que ceux qui sont en situation de
contester la réalité de la dégradation du climat ne sont pas seulement minoritaires mais pas crédibles scientifiquement»
D'un point de vue scientifique, le climat ne se "dégrade" pas plus qu'il ne s"améliore"; il change, ce qui na strictement rien à voir. Quand on dit : "changement climatique"
("climate change"), on est objectif. Quand on dit "le climat se dégrade", ou "le climat s'améliore", on est dans le domaine du subjectif. Pour les
habitants du Groenland, le changement climatique est perçu positivement (le réchauffement permet d'obtenir une meilleure production en légumes etc.) alors que
certains écolo-parisiens croient que les groenlandais pensent l'inverse (voir ici). Et dans le monde
scientifique, personne ne dit que le climat ne change pas. Les sceptiques disent au contraire que le climat a toujours changé, qu'il en sera toujours ainsi et que cette réalité
permet de relativiser le changement actuel ! Ce qu'ils remettent en cause, ce n'est pas la réalité du réchauffement observé, mais l'origine de ce
réchauffement, ils pensent que la composante naturelle de ce changement (ils évoquent notamment les variations de forçage solaire) est supérieure à la part anthropique. Et au sujet
de cette origine, il n'y a aucune certitude. C'est vous Madame Duflot, qui n'êtes pas crédible scientifiquement avec vos propos complètement à coté de la plaque. D'ailleurs,
si aucun scientifique ne remet aujourd'hui en cause la réalité du réchauffement, ce n'est pas le cas d'une part appréciable et croissante de citoyens dans le monde comme
l'indiquent les enquêtes menées en Europe, aux USA et en Australie (voir
ici ; l'écologisme radical, par la réaction de rejet qu'il suscite, n'est sans doute pas étranger à cette inversion de tendance). Dire que les sceptiques sont
minoritaires est un mensonge, et ceci indépendamment du fait que l'on regrette ou non cette part de sceptiques, qui va croissante, dans la population.
Quand il s'agit de parler du réchauffement climatique (qui est à mon sens un problème sérieux et très réel), quand cela colle à leur doctrine, certains pélerins de l'écologie, qui boivent
volontiers les propos de ceux qu'ils autorisent à penser à leur place et dont ils ne font que reprendre les schémas de pensée pré-fabriqués, aiment se réfugier dans le
: "C'est scientifique, ce sont les experts qui le disent !".
Mais les mêmes viennent ensuite vous sermonner "c'est du scientisme, c'est du scientisme
!" quand on leur parle de solutions technologiques (qui sont réelles et disponibles ici et maintenant) pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ils
oublient que les progrès au niveau des connaissances sur le climat sont uniquement dues au progrès scientifique : satellites, sondes, ordinateurs etc. On n'entend jamais ces "écolos" dire :
"Prévoir le climat à horizon 2050 ou 2100, c'est du scientisme
!"
Ils ont une confiance absolue envers la science quand on leur parle de réchauffement climatique, mais il n'ont aucune confiance envers la science quand
on leur parle des solutions techno-scientifiques !
Exhibition de con-science sans science n'est que ruine de l'homme (suite ici)
- Olivier
NB1 - Un article que j'ai écrit en octobre 2006 à propos des positions de Claude Allègre sur le climat (je lui avais d'ailleurs écrit à ce sujet) :
Le doutage
Dans son article Le droit au doute (Le Monde du 26 octobre), Claude Allègre
entretient volontairement la confusion entre dénégation et droit au doute dans le domaine climatique. Cette confusion est d'ailleurs née avec l'ouvrage The Skeptical
Environmentalist du statisticien danois Bjon Lomborg, bible des sceptiques qu'il a préfacé «avec plaisir» ( Regard sur la planète, Claude Allègre, L'Express, 05/07/2004).
Qu'est-ce que le scepticisme dans le domaine scientifique ? Les scientifiques sont par définition sceptiques dans le sens qu'ils sont en permanence en questionnement. Un sceptique est quelqu'un
qui doute de manière non orientée : dans le domaine climatique il pense que l'on manque d'éléments pour apprécier l'ampleur du réchauffement à venir et cela le conduit à penser qu'elle peut être
plus élevée ou moins élevée que celle communément admise. Un sceptique peut par exemple tout aussi bien envisager, pour un niveau de C02 atmosphérique de 560ppm (c'est-à-dire le double du niveau
préindustriel) :
- un réchauffement de 11°C , par exemple en intégrant les mécanismes amplificateurs du réchauffement : relargage de C02 par l'océan qui se
réchauffe, dégagements de méthane en lien avec le dégel du permafrost, variation de l'albedo au niveau de pôles etc.
- un réchauffement de seulement 0,1 degré
Un "sceptique orienté" n'est par définition pas un sceptique mais un convaincu. Par contre aucun sceptique ne peut nier que la totalité de l'augmentation récente du niveau de
C02 atmosphérique est due à l'homme . Il ne pas nier non plus que le C02 est un gaz à effet de serre. Enfin il ne peut pas nier que les océans s'acidifient à cause de cette augmentation du niveau de C02.
En mélangeant de vraies questions scientifiques avec des mensonges vraiment grossiers (Antarctique, Rift
africain etc.) et en jouant sur la crédibilité que l'on est en droit d'attendre de la part d'un scientifique de son niveau, Allègre, vis-à-vis du grand public, fait pire que mentir : il tente de
détruire le long et difficile travail de sensibilisation de personnalités, scientifiques ou non, comme Hubert Reeves, David Suzuki, Nicolas Hulot, Yann Arthus Bertrand et Al Gore. Il
revendique le droit au doute scientifique mais il ne fait en réalité qu'affirmer son idéologie : l'homme n'est pas responsable du réchauffement. Et il s'y enferme de manière aussi obscure que les
religieux de l'époque de Galilée. Le consensus scientifique actuel est que la terre est ronde. Mais, bien qu'ils soient minoritaires, il reste encore de nos jours des idéologues de la terre
plate. Remettre en cause les idées largement dominantes au sein de la communauté scientifique est naturellement très positif, c'est comme cela que les sciences progressent...Mais uniquement
quand on a des arguments valables et quand on ne se plante pas lourdement dans ses références, sinon cela fait désordre... La porte du GIEC
(Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat) est ouverte à tous ceux qui contestent la réalité du réchauffement actuel et son origine en grande partie humaine. Il leur reste à
convaincre (avec des arguments solides) leurs collègues scientifiques. C'est comme cela que les scientifiques travaillent, il n'y a pas de complot climatique.
Il se pose en l'occurrence le problème de la limite entre liberté d'expression et liberté de désinformer, en particulier lorsqu'il s'agit d'une thématique aux enjeux majeurs pour l'humanité toute
entière. La Royal Society (l'académie des sciences britannique) a récemment choisi de dénoncer le
financement par la société EXXON d'organisations dont la spécialité est la négation du réchauffement anthropique. Ces organisations, accuse la Société royale " ont désinformé le public sur la
science des changements climatiques" et ont propagé des "points de vue inexacts et trompeurs". Le risque est de confondre liberté de s'exprimer et liberté de manipuler
l'opinion publique sur un important sujet sociétal.
On sait que ce n'est pas facile de s'orienter vers une baisse des émissions de C02, que cela demande d'importants efforts tant au niveau de la recherche scientifique que dans la vie quotidienne,
que le bilan énergétique de la Terre est en déséquilibre (GISS-NASA), que le Groenland perd 100 milliards de tonnes de glace par an, que la fréquence des cyclones de catégorie 4 et 5 a été multipliée par 2 en 30 ans et Claude Allègre vient crier, non pas dans la presse scientifique mais dans la presse grand
public, le droit d'exprimer son doute que le gaz à effet de serre C02 soit à l'origine du réchauffement observé, CO2 dont le temps de résidence dans l'atmosphère est d'un siècle (contrairement à
celui d'H20 qui est de quelques jours), dont la concentration a augmenté de 30% depuis le début de l'ère industrielle et dont les émissions mondiales actuelles sont de 6,5 milliards de tonnes par
an !
Dans sa brillante chronique de L'express Neiges du Kilimandjaro du 21 septembre, Allègre a écrit : « La cause de cette modification climatique est inconnue. Est-ce l'homme? Est-ce la
nature? ». Aujourd'hui il nuance son propos dans Le Monde : «Je revendique le droit de dire que j'émets des doutes sur le fait que le gaz carbonique est le principal
responsable du changement climatique». … Le discours d'Allègre a évolué mais plus fondamentalement admettons, contre une majorité écrasante de chercheurs, que C02 ne soit effectivement
pas l'agent principal du réchauffement mais simplement un agent important. Cela nous dispenserait-il d'agir pour limiter ce réchauffement aux conséquences potentiellement désastreuses en
réduisant nos émissions ? Et l'acidification des océans, causée par ses mêmes émisisons, qui menace à moyen terme l'équilibre écologique océanique, n'est-ce pas suffisant pour
justifier une réduction rapide de ces émissions ?
On en vient naturellement à s'interroger sur les motivations d'Allègre et sur l'origine de son «scepticisme orienté», formule non sans paradoxe. Colin Bowles : Le scepticisme
commence quand, assis dans une église entre un flic et une bonne soeur, vous constatez que votre portefeuille a disparu – Mais que s'est-il passé quand Allègre, alors Ministre de l'Education
nationale, de la recherche et de la technologie, était assis entre Ségolène Royal (Ministre délégué auprès du ministère de l'éducation nationale) et Dominique Voynet (Ministre de l'aménagement du
territoire et de l'environnement) ?
Dans un article de RealClimate intitulé Con Allègre, ma non
troppos les scientifiques se posent effectivement la question de l'influence de l'expérience politique d'Allègre : « Curiously enough, twenty years ago Allègre wrote in "Clés
pour la géologie", (éd. Belin/France Culture): " En brûlant des combustibles fossiles, l'homme a augmenté le taux de gaz carbonique dans l'atmosphère, ce qui fait, par exemple, que depuis un
siècle la température moyenne du globe a augmenté d'un demi-degré." It might be that there is simply a bit too much politics in Allègre's life..."
Le doutage, (Les inconnus) :
- J'aime l'automne
- Oh non pas moi, je préfère l'automne
- C'est tout comme moi ; c'est l'hiver que je préfère
NB2 - Claude Allègre :
"(...) Dans la 'secte verte', il n'y a rien à comprendre. La science n'est présente que lorsqu'elle conforte ce qu'on pense. (...) l'écologie est aujourd'hui perçue comme une contrainte mais
il suffit de modifier le discours pour quelle accède au rang d'atout. Le développement des véhicules électriques, le traitement des déchets, la recherche, constituent d'énorme viviers d'emplois
et de consommation. Il ne faut pas faire comme ces gourous autoproclamés de l'écologie et accuser le progrès; il faut faire de l'écologie un moteur de la croissance vigoureuse, un élément
essentiel du progrès économique et social ! (...) Cette stratégie de croissance par l'écologie doit être menée à l'échelle européenne [...] La stratégie que nous proposons est déjà en place
aux Etats-Unis [...] C'est à cette échelle qu'il faut mobiliser les ressources et stimuler les recherches et les stratégies économiques (...) "
" La raison psychologique profonde du succès écologique réside, d’après moi, dans le besoin qu’ont certains hommes de croire en quelque chose à une époque où
les idéologies ont beaucoup souffert. Les religions chrétiennes ont perdu de leur influence. Ceux qui avaient cru pouvoir y substituer la croyance dans le communisme ont été déçus. L’écologie
dans son aspect doctrinaire leur offre une nouvelle croyance, qui a en outre le mérite de rassembler beaucoup d’ingrédients des deux croyances précédentes. Le fondement en est bien sûr le péché
originel. L’homme est coupable, l’homme est un pécheur fondamentalement mauvais. Pour expier ses fautes, il doit être puni. Et la punition la plus simple n’est-elle pas de le priver de ce qui est
son orgueil et sa fierté : la croissance et le progrès ? L’homme doit expier ses fautes et notamment celle d’avoir « insulté » la nature (concept idéalisé où l’homme est
considéré comme extérieur). (...) Il y a chez eux le même idéalisme affiché qu’autrefois chez les « bons communistes » : faire naître le paradis sur terre. Les pionniers
communistes étaient des productivistes à outrance. Cette fois, la recette est d’organiser la vie frugale. Che Guevara et la distribution gratuite et obligatoire d’une ration de lait chaque matin
ne sont pas loin ! Bien sûr, tout cela n’est pas explicite, la secte verte n’affiche pas ses objectifs de façon aussi précise. On finit par penser que les membres de la secte détestent
l’Amérique autant parce qu’elle est le symbole du capitalisme technologique triomphant que parce qu’elle a inscrit dans sa Constitution le droit à la liberté et au bonheur pour ses
citoyens ! Pour la secte verte, il faut en baver dans la joie. Voilà l’avenir (...) Lorsque Nicolas Hulot écrit : « Pas plus moi que d’autres » ne pouvons
prévoir l’avenir, quelle compétence aurait-il à le faire ? Quand il ajoute : « La modernité a profané la sphère du sacré en outrepassant les limites imparties à
l’humanité », on s’interroge. On s’interroge encore plus lorsqu’il écrit : « Le temps de l’information, du débat, des controverses est révolu. » Quel régime
alors nous propose-t-il ? La démocratie, la liberté de parole auraient-elles fait leur temps ? Est-ce cela, le « catastrophisme éclairé » dont il se réclame ?
(...)"
Voir aussi :
CLIMAT - Le dossier ObjectifTerre :
http://www.electron-economy.org/categorie-10586217.html
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